Emportés par la foule.

Bonjour bonjour! Hier, nous étions le 15 Mai. Que se passe-t-il le 15 Mai à Kyôto? Hé bien depuis près de 1400 ans, c’est le jour de l’Aoi Matsuri (葵祭り). Quoi qu’est-ce? Tu vas le découvrir. Après ce défilé, je t’emmène faire un tour rapide autour du Palais impérial, puis au Nijo-jô, château érigé en 1603 et patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1994. Tout ça agrémenté d’un petit tour au bord de la Kamogawa, cela va sans dire! Programme chargé aujourd’hui, et emporté par la foule!

Nous sommes donc à Kyôto, tout près de l’école où je travaille. Là se trouve l’ancien Palais Impérial, rien que ça! C’est de là que part l’Aoi Matsuri. Attention, « Aoi » ici ne signifie pas « bleu », il s’agit plutôt d’une rose trémière. Alors d’où vient ce festival (un des 3 principaux de la ville)? Pour faire simple, un beau jour du règne de l’Empereur Kimmei (509-571), les récoltes ne furent pas satisfaisantes. Comme fréquemment à l’époque, on en conclue que les dieux n’étaient pas satisfaits. On dépêcha alors un cavalier équipé de cloches pour faire offrandes et prières. Cela fonctionna si bien que la manœuvre devint rituel. Rapidement, le peuple vint voir chaque année la performance cavalière. En 2011, le peuple se déplace encore, et en masse, comme tu vas le voir.

Nous avons voulu venir un peu en avance pour éviter le monde… On va vite se rendre compte qu’il aurait fallu venir la veille, comme pour un concert de Lady Gaga. Lorsque nous approchons des abords du Palais, les trottoirs sont noirs de monde. Et en s’approchant encore de l’allée d’où part le défilé, on comprends bien qu’il aurait fallu apporter son escabeau, pour avoir une chance d’y voir clair. Ma première estimation de la foule est pourtant loin de la vérité. Partout où mon regard se pose, il y a du monde. Perchés sur tout ce qui offre une meilleure vue, Japonais, étrangers, vieux, jeunes, enfants, il semble que tout le Japon soit là ce matin!

Sakura et moi comprenons donc très rapidement que notre première mission est de trouver un endroit où nous aurions une chance de voir quelque chose. Et ce n’est pas gagné, crois moi! Nous sommes encore en train de nous faufiler entre les gens lorsque la tête du cortège approche.

Je regarde à droite, je regarde à gauche, rien à faire, tout est occupé. Le pont? tu parles! Même sa rambarde s’est couverte de pigeons humains!

Je note au passage que tous ceux qui sont montés sur des bancs ont retiré leur chaussures… surréaliste, mais tellement nippon! Bon! C’est pas le tout, mais le cortège approche! Tant pis, aux grands maux, les grands remèdes, je tente la photo à l’aveugle, les bras tendus vers le ciel.

Je contrôle la photo sur mon écran, et j’en profite pour constater que la foule n’est pas seulement devant moi, elle est partout. Très bien, essayons un autre spot, avec un peu de chance…

Bon, c’est légèrement mieux, m’enfin c’est pas encore le top. Ça bouscule gentiment, et si j’arrive à distinguer les cavaliers, Sakura, elle, ne s’en sort pas… Certains ont plus de chance et doivent se féliciter d’habiter pile en face de l’entrée du Palais Impérial.

Bon, j’en tente encore une…

Non, décidément, il va falloir trouver mieux. Qu’à cela ne tienne, on a le tracé du parcours de la parade. Ils font le tour du Palais, puis se dirigent vers deux temples. Inutile de tenter d’aller là bas, ce sera sans doute pire qu’ici. Mais on va tenter de les prendre à revers et d’intercepter le défilé sur la route, à un carrefour stratégique. C’est parti, coupons à travers le Palais Impérial…

Nous voilà partis comme quelques autres téméraires. Le parc du Palais est immense et vide (comme la Palais Impérial actuel à Tôkyô d’ailleurs). Le soleil tape dur, et, en remontant les allées, on aperçoit de temps en temps l’allée principale le long de laquelle descend la parade… Enfin, on aperçoit surtout la foule, tu t’en doutes!

Ah! Peut-être un petit coin où l’on pourra distinguer quelque chose? On tente une percée!

C‘est pas encore ça, mais l’appareil de Sakura a un bien meilleur zoom que le mien, elle assure donc les clichés pour toi.

Pendant ce temps, moi je continue ma fixette sur la foule. Puisque mes photos de défilé seront minables, autant te montrer le public.

Ok! C’est pas encore ça! Nous revoilà partis en quête du point de vue le moins mauvais… 15 minutes de marche plus tard, nous arrivons au fameux carrefour stratégique… Déjà bien investi par les badauds, évidemment…

Certains chanceux ont trouvé la bonne place :

Bon, c’est un peu mieux, on va tenter de rester là. En ce qui concerne le défilé, je vais laisser la place aux photos de Sakura, quant à moi, tu l’as compris, je vais m’amuser à contempler les gens…

Comme tu peux le voir, Sakura a comblé sa frustration de ne pas voir grand chose, et s’est bien rattrapée… Et ce n’est bien entendu qu’une sélection de quelques images… Tu t’es sans doute amusé, toi aussi, de constater le décalage entre les sujets photographiés et le décors à base de bus. Parfois, nous avons même eu droit à des anachronismes encore plus marqués :

Du côté de la foule, plus le temps passe, plus les gens sont au milieu de la route.Le défilé est long, il fait chaud, les ombrelles ne facilitent d’ailleurs pas les prises de vue. En tout cas, la foule vit, bien sûr, tout en observant l’hommage à d’autres temps.

 

Il faut savoir que la circulation automobile sur ce grand axe n’est pas coupée. Des agents sont là pour actionner les feux de circulation manuellement, et signaler aux piétons, aux voitures ou aux bus quand passer, à grands coups de sifflets. Et là en principe, si mes photos font leur effet, tu dois t’imaginer une scène bruyante, sous un soleil de plomb, la circulation difficile, peut-être quelques klaxons agressifs? Alors d’abord sache qu’une des choses qui m’a le plus étonné, c’est l’absence de musique lors de cette parade. Les protagonistes marchent, pas de danse, pas de chorégraphie… ils marchent simplement. Même les chevaux sont calmes, pas de sac-à-caca, ils sont aussi disciplinés que les Japonais. Disciplinés? Oui bon ok, on connait la réputation des nippons, m’enfin quand même! Avec toute cette foule? L’attente au soleil, les bambins qui gambadent… Hé bien je t’assure, le seul vrai bruit pénible est celui des feux piétons, et des sifflets policiers… Tout à la Japonaise quoi!

Voilà! Le défilé est fini, mais notre escapade n’en est qu’à sa première étape! Il est midi passé, et l’estomac réclame. Nous nous mettons donc en marche à notre tour, pour rejoindre un restaurant. Nous partons en direction du Nijo-jô que nous avons prévu de visiter cet après-midi. Nos pas longent pour l’instant la Kamogawa, une fois de plus.

Ici aussi, cela va sans dire, il y a du monde. Nous sommes dimanche, c’est l’Aoi Matsuri, il fait beau, comment pourrait-il en être autrement? Cela ne dérange pas mon ami le héron, qui prend le frais dans l’eau.

Un peu plus loin, ce sont des tortues qui pataugent. Mais pas n’importe quelles tortues, celles-ci sont énormes, et surtout, en pierre. Ici il y a un passage à gué que les petits et les grands s’amusent à traverser. Faisons de même.

La proximité de l’eau est agréable et rafraîchissante. Mais nous quittons le lit de la rivière pour nous restaurer dans un petit établissement où le personnel ne donnera aucune chance aux Kyôto-jin de faire oublier leur réputation quant à leur accueil plutôt désagréable. Ce n’est pas à dire qu’ils ne sont pas gentils, simplement l’accueil lui même est très différent de celui pratiqué à Ôsaka. Concrètement, on entre dans l’indifférence la plus totale, pas un « bienvenue! » que chaque membre du personnel aurait crié chez nous, on nous débarrasse une table et on nous indique d’un mouvement de tête qu’on peut s’y installer, on nous apporte nos verres d’eau en les jetant presque sur la table, ponctuant l’action d’un simple « voilà! » etc… Hormis ces aspect auxquels je ne m’habitue pas, le sourire est là, et le repas excellent. Nous quittons nos hôtes rapidement, il faut dire que la déco baroque commençait à peser sur mon estomac… Nos pas nous ramènent au Palais Impérial où la foule a disparu, laissant la place aux techniciens qui rangent les chaises disposées aux emplacement réservés. Voilà donc ce qu’on aurait pu voir à la place de ma 3ème photo :

C‘est sûr, ça change! Nous profitons donc de l’espace pour nous promener… Ce joli petit pont sur lequel s’étaient agglutinés des pigeons humains, où mène-t-il?

Je suis ravi de constater que la Nature a repris ses droits, et je note que Maître Héron n’est pas farouche ici. Ni même les pigeons, car au moment où je prends la photo ci dessus, l’un d’eux vient me faire comprendre que maintenant qu’il a récupéré son pont, il ne compte pas laisser n’importe qui s’y accouder…

Nous quittons ce tout petit bout de jardin où les vieux arbres se reposent, le laissant aux pigeons, corbeaux, canards et tortues, pour rejoindre le château, à quelques 15 minutes de marche à peine…

15 minutes plus tard, donc, nous arrivons devant le Nijo-jô. Avant d’entrer, voici ce qu’on peut dire rapidement de ce château. Il s’agit de la résidence officielle du Shogun. Ce n’est pas un château comme peut l’être celui d’Ôsaka, ou celui d’Himeji. Il est sur un étage, mais immense, bien entendu. Ici vivaient non seulement le shogun mais aussi ses ministres, ses invités etc… Un palais plus qu’un château au sens militaire du terme.

A l’entrée, un plan nous accueille, je vais t’aider à t’y situer. Nous sommes arrivés par le pont en bas, et nous trouvons juste dans le coin en bas à gauche. Le château lui même est le bâtiment en forme d’escalier, par lequel nous allons commencer le tour. Nous entrons dans son enceinte par la porte située en bas à gauche sur ce plan. D’abord un petit cliché de la tour dans l’angle derrière nous, ça ne mange pas de pain.

Et nous voilà devant la porte d’entrée, absolument magnifique et ornée de plusieurs rangées de panneaux en bois gravé, simplement somptueux.

Nous passons la porte, et nous retrouvons face à l’Histoire. Alors pour bien situer ce dont on parle, voici quelques chiffres à propos du domaine. 275 000 m² dont 7 300 de bâtiments. 954 peintures, le tout, je l’ai dit, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.

Ça faut avouer, ça en jette! Alors malheureusement, je dois te le dire tout de suite, il est interdit de photographier à l’intérieur. Les peintures et décorations sont très fragiles. On circule dans tout le bâtiment en suivant un parcours, dont voici un schéma, tiré du dépliant que l’on nous a remis.

Le parcours est long. On circule dans des couloirs dont le plancher émet des couinements très spécifiques, de sorte que tout le palais semble animé de chants d’oiseaux! Sakura m’a dit qu’il lui semblait que ce couloir avait un surnom en rapport avec cette particularité, mais après rapides recherches nous n’avons rien trouvé de tel. Peut-être l’a-t-elle imaginé. En tout cas les pièces qui défilent devant nous sont immenses, vides aussi, mais ce qu’on observe sont les peintures murales, splendides. Dans quelques pièces, des mannequins sont disposés en guise de reconstitution d’une scène d’époque, mais dans la grande majorité, le mot d’ordre est « épuration ».

Encore une paire de clichés de la toiture puisque l’intérieur t’es interdit. En tout cas, si tu es de passage à Kyôto, je te conseille vraiment cette visite, simple, mais une des plus intéressantes que j’ai faite (pour 600 yens, c’est très abordable). Une fois le tour intérieur effectué, il ne nous reste plus qu’à nous promener dans les jardins.

La visite de l’extérieur n’est pas aussi impressionnante que celle du Tenryû-Ji d’Arashiyama par exemple, mais cela reste très joli et agréable, surtout que pour une fois dans la journée, il n’y a pas foule (enfin moins que tout à l’heure en tout cas!).

Nos pas nous mènent tranquillement vers le Honmaru, une sorte de « résidence secondaire ». Je passe sur l’historique de cette construction, qui, comme beaucoup d’autre s’est vue brûlée, détruite, reconstruite et même transférée depuis le Palais Impérial en 1847. En tout cas tu la repèreras facilement sur le plan de l’entrée, c’est la partie au centre des douves intérieures.

Nous entrons donc, et arpentons les jardins. Je ne vais pas mentir, en cette saison au moins, il n’y a rien d’affriolant. On passe à côté de la bâtisse sans pouvoir y entrer, et de dehors, finalement, et pour citer Sakura « ce n’est qu’une grande maison ». Mais bon, allons-y pour une paire de clichés et un panoramique, parce que si ce n’est pas faramineux, c’est tout de même loin d’être moche.

Il nous est possible de monter au « donjon », enfin plus précisément à un emplacement en hauteur, mais là encore, rien d’extraordinaire, une vue sympathique sur les douves intérieures, guère plus.

Notre tour s’achève tranquillement, nous regagnons la gare, épuisés par le soleil, la marche, et la foule (bien que calme comme on l’a vu). Un dernier cliché dans la rue…

…et en rentrant chez nous, nous passons devant cette baraque à un pâté de maison de notre immeuble. Je voulais la photographier depuis longtemps, je n’en ai jamais pris le temps, c’est chose faite, et je dois dire qu’après avoir parcouru la cour du Palais Impérial, les couloirs de Nijo-jô, et les jardins de ce dernier, cette maison bien ancrée dans son époque nous donne une autre idée de l’espace de vie japonais.

Pratique pour s’y mouvoir, il suffit de raser les murs! Il n’y a pas à dire, c’était mieux avant héhé!

A bientôt pour la prochaine escapade!

10 réflexions sur “Emportés par la foule.

  1. Je suis soufflée par ton reportage…. de 1 parce que tu es un bloggeur méga rapide puisque les photos datent d’hier et que c’est vraiment bien d’être témoin d’événements si proches, de 2, parce que j’ai reconnu plein de coins chers à mon petit cœur de non expatriée qui le regrette et de 3 parce qu’elles sont très vivantes et que tu les partages sans compter !-)))))) Merci pour la balade.

    • Merci beaucoup Val! Voilà des mots qui font bien plaisir! Je suis rapide parce que le processus de raconter/partager fait pleinement partie de mon plaisir à découvrir. Autrement dit, lorsque je prends mes photos, c’est le plus souvent en pensant à ce qu’elles vont apporter à mon lecteur.

      Mais si j’étais vraiment rapide, je pourrais presque publier assez vite pour permettre aux Français de lire mon histoire quasiment en temps réel, vu que j’ai 7 heures d’avance😀 J’aurais presque pu le faire hier, mais bien trop fatigué :p

      Merci encore du commentaire!!

  2. Merci pour cette balade😉
    C’est toujours un plaisir de te lire et d’admirer tes clichés !!

    Les jardins du temple sont superbes !!!

  3. Un plancher rossignol! Bizarre que vous n’ayez rien trouvé, c’est sur wikipédia(j’étais plus sur du nom, wiki est ton ami!). Je cite: « Une des caractéristiques du château de Nijô est le « plancher rossignol » qui recouvre les couloirs. »

    • aaaaah bein voilà!! C’est marrant parce que ce jour là, j’ai sorti ce nom à Sakura, mais vraiment comme si je l’inventais ou que je l’avais entendu à une époque où je ne savais pas parler et qu’il revenait comme ça, de nulle part… Du coup j’ai pensé que j’avais craqué (comme le plancher!) Merci bien! (et oui Wiki est mon ami pour bien des occasions! :))

      • J’en ai entendu parler pour la première fois dans la série de bouquin « Le clan des Otori ». Apparemment, c’est très utile contre les assassins😛

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