Courants d’eau.

Bonjour bonjour! En ces jours d’été où la température dépasse les 30 degrés dès 9h00 du matin, le réflexe le plus primaire est de chercher les courants d’air frais. Malheureusement, ce n’est pas toujours facile. Alors que faire de ton Dimanche? Rester devant ton ventilateur? C’est dommage! A défaut de courants d’air, Sakura et moi avons décidé d’aller chercher des courants d’eau, histoire de tenter de nous rafraîchir. Nous t’emmenons donc pour notre balade dominicale à Minoo, à quelques kilomètres au nord d’Ôsaka. Au programme, balade en forêt, ruisseau et cascade. C’est parti!

Il est 13 heures lorsque nous arrivons à la gare de Minoo. Nous avons acheté notre déjeuner, et la première mission, avant d’effectuer la promenade prévue, est de trouver un coin à l’ombre pour nous restaurer et prendre des forces. Nous avançons donc en direction du circuit pour lequel les gens se déplacent jusqu’ici. Il y a déjà du monde, mais tout le monde ne vient pas pour la même chose que nous.

Il y a ici un centre aquatique d’envergure, et à ce stade de la balade, beaucoup des Japonais qui nous accompagnent s’arrêtent ici, au pied de ce gigantesque ascenseur. Ce n’est pas notre cas, aussi nous continuons notre route.

Un peu plus loin, une statue rend hommage à cet homme qui a suivi le chemin qui s’ouvre devant nous, en portant sa mère pour aller prier la montagne. Un histoire qui n’est pas sans rappeller l’excellent film de Shohei Imamura La Ballade de Narayama Palme d’Or de 1983, adapté du film de Keisuke Kinoshita de 1953, lui même adapté d’un livre. Quoi qu’il en soit, je remercie de ne pas avoir à porter Sakura, parce que si pour l’instant le chemin ne grimpe pas encore trop, la chaleur n’a pas attendu pour nous mettre un coup sur la citrouille.

Nous voilà arrivés au départ à proprement parler de la promenade. Alors qu’est-ce qu’on vient voir quand on vient à Minoo, et qu’on ne va pas à la piscine? Hé bien basiquement, on vient se mettre au frais en batifolant en famille dans les ruisseau qui descend de la montagne, et, pour les plus courageux, on monte jusqu’à la cascade. C’est ce que nous avons prévu de faire, et les nouvelles plaques d’égout nous indiquent qu’on est sur la bonne voie.

Nous pouvons déjà avoir un aperçu de ce qui va nous attendre tout du long de la balade, à savoir de l’eau et des arbres.

Les derniers restaurants nous regardent et nous interpellent l’air de dire « bien vrai? pas de regrets? Vous restez sur vos sandwiches? »

Oui oui, bien vrai! Comme beaucoup de familles, nous allons privilégier le repas économique et simplement profiter de l’eau vive. Nous sommes au pied du parcours, et dès le premier méandre praticable pour les enfants, la foule s’est entassée pour attraper les petits poissons, ou les cigales à grands coups d’épuisettes.

Nous nous installons pour déjeuner (enfin!) et ne traînons pas. Le chemin vers la cascade n’est pas très long (2km je crois), mais la chaleur et la pente aidant, il nous faut y aller.

Sans plus de préambule, nous voilà en train de longer le ruisseau tout au long duquel le moindre petit trou d’eau est accaparé par les familles et par les enfants dont les rires résonnent contre les rochers (ouah on dirait du Cabrel!)

Nous ne sommes pourtant pas encore complètement plongés dans la Nature puisque nous allons encore croiser un temple, des terrasses dédiées à la détente au bord de l’eau, et quelques pont charmants.

Franchement, t’as pas envie de te prélasser là? Au calme, avec le bruissement d’eau pour seule compagnie? Si j’étais un poisson, je resterais là sans bouger, sous ce pont par exemple :

Puisque je te le dis! Tu as peut-être remarqué les escaliers qui partent de ce magnifique pont de pierre? Nous y reviendrons! Mais pour l’heure nous nous enfonçons lentement dans la forêt. Le chemin suit le cours d’eau, mais quelques incartades sont possibles durant la promenade. En suivant un petit sentier séparé, je tombe sur ce vieil autel, tout bancal, de ceux que j’adore.

Pratiquement la totalité du chemin est aménagé. La route est goudronnée, sur les 3/4 du parcours, aussi l’ascension n’est pas particulièrement difficile. La pente n’est pas toujours tendre, mais cela permet à toute la famille de profiter de la promenade. Nous croiserons beaucoup de grands parents, et beaucoup d’enfant qui ont du apprendre à marcher la semaine dernière. Parmi ces aménagements, sur le début du chemin, il y a encore quelques lampadaires. Quelle ne fut pas ma surprise (et mon désappointement) de croiser celui-ci, allumé en plein jour (et franchement inutile à cette heure). Bravo! C’est comme ça qu’on fait des économies pour notre pays?

Bref, oublions ce mauvais point pour nous concentrer sur les côtés agréables.

Comme tu peux le voir, et même si tu ne lis pas le japonais, tu auras compris que nous sommes surveillés par des singes, et qu’il est interdit de les nourrir. Malheureusement, les seuls animaux que nous verrons seront les moustiques sur nos jambes, et le petit roquets des mamies qui aboient dans leur caddie. Pourtant les singes semblent suffisamment présents pour qu’on utilise ici des poubelles anti-singes, et qu’en plus ce soit marqué dessus. Genre « n’essayez même pas bande de macaques, vous ne pouvez pas les ouvrir! » « -Ok mais de toute façon, on ne sait pas lire! »

Nous montons nous montons, accompagnés par des cigales au chant bien particulier, petite parenthèse d’ailleurs à ce sujet. Tu l’ignores peut-être mais il y a ici un grand nombre de variétés de cigales. Elles se relaient durant l’été, et se réfugient à différents endroits. Elles sont aussi beaucoup plus nombreuses que dans le Sud de la France, ce qui occasionne plus un brouhaha permanent que de mignons petits chants tels qu’on les imagine accompagnant un pastaga et des olives, en tout cas c’est l’impression que j’en ai. Ici ce sont donc des higurashi (ヒグラシ, Tanna Japonensis) qui nous accompagnent. Leur chant est très strident et sinusoïdal. Très différent de celui de mes chères Kuma-zemi (クマゼミ) qui me réveillent tous les matins… Le nom de ces dernières veut dire « cigale-ours » et elles le portent bien. Je les hais. Voici donc une petite vidéo qui compare les deux genres. Désolé pour la qualité médiocre, c’est prit avec mon téléphone, mais sache que dans la deuxième partie, ce n’est pas le vent le bruit de fond principal, ce sont bien les Kuma-zemi! J’ajoute que tu pourras trouver une autre cigale, la min-min zemi dans la vidéo à la fin de mon premier article sur Kyôto.

Bref, fin de la parenthèse, nous continuons notre marche. Je pourrais te mettre une tonne de clichés du ruisseau serpentant à nos côtés, parfois loin en dessous de nous etc, mais ça deviendrait vite monotone en photo. A la place je te propose cette image emprunte d’un certain érotisme, et qui montre l’incroyable capacité de la Nature à s’adapter aux contraintes imposées par l’Homme :

Un peu plus loin, nous croisons un homme de la cinquantaine qui nous regarde (comme tout le monde à vrai dire), mais lui nous exhorte tout à coup à nous tenir la main, en riant. Ce brave homme à eu un air de gamin de 5 ans qui dit « ouuuh les amoureux! Faites vous des bisous pour voir si c’est vrai! »… A cheval entre l’amusement, l’ahurissement, l’agacement et la pitié, nous lui avons simplement signalé qu’il faisait trop chaud, et avons passé notre chemin.  Bizarres quand même des fois les Jap…

Mais si les Japonais peuvent être étranges, les Chinois ne sont pas en reste. Outre le fait qu’ils essayent de nous faire croire que leur train grande vitesse est fiable, l’immense rocher qui se dresse devant nous, nous en raconte une belle. Un petit panneau à sa base nous attire. Après traduction rapide de ma douce, la légende raconte qu' »il y a fort longtemps, des Chinois étaient venus pour admirer cette partie du monde. En voyant de grand pan de montagne menaçant, ils auraient prit peur et s’en seraient retournés dans leurs pénates. On raconte que depuis, ils tentent de faire des prouesses avec leurs trains pour effacer le souvenir de ce rocher terrifiant, et qui s’appelorio Quézac ».

Oui bon enfin, à part la dernière phrase, c’est ce qui est dit, grosso-modo.

Trêve de plaisanteries douteuses, revenons en à nos courants d’eau, puisque nous arrivons déjà en vue de la cascade tant espérée. Déjà l’Homme reprend la main sur la nature, et à côté des quelques échoppes de nourriture, une belle bâtisse se dresse fièrement. Elle n’est pas sans me rappeler, va savoir pourquoi, le magnifique château d’Himeji. M’enfin là, ce ne sont que des toilettes.

Ici aussi, les familles ont envahit l’eau fraîche et claire (celle du ruisseau hein!), et se reposent de leur effort.

Approchons nous! Nous non plus, on n’a pas volé la vue, et je m’en vais te balancer quelques clichés.

La proximité même de la chute d’eau est extrêmement rafraichissante, et si le bassin à sa base n’est pas praticable, la foule est assise au plus près possible pour profiter des gouttelettes.

Quand je repense au centre aquatique en bas, je me dis qu’ici on a accès à un véritable Walibi naturel, et les Japonais le savent bien. La preuve :

Une fois bien rafraîchis, nous pouvons repartir. La journée est bien avancée, mais nous n’avons pas tout à fait terminé.

Tu te souviens de notre petit pont de pierre au pied d’un escalier? Nous voici de retour, nous sommes littéralement en eau, et je demande candidement à Sakura « il y a quoi là haut? » Et elle de répondre « je sais pas, un panorama je crois. » Bon! on est bien fayigués, mais ça doit valoir le coût. Allez, on monte… Qu’est-ce qu’il dit ce petit panneau? 380 marches? Ah…quand même… bon… bein allez, c’est pas la mort. Oui sauf que…

Ce ne sont pas des marches, mais des façades! La montée dure 400 mètre, et tous les 100 mètres, un petit panneau nous indique la distance restante. Au panneau « 200m », je suis au bord de l’apoplexie. Nous faisons une pause, croisons un autre couple qui descend, l’air hagard, proches du malaise… Un coup d’œil devant nous…

Bon bein de toute façon, on a fait la moitié, on ne va pas reculer maintenant… C’est reparti. On monte lentement, on souffle bien, de toute façon on ne peut plus être davantage mouillés de chaud… Et un jour enfin, un panneau nous indique le sprint final.

Nous rions du petit sanglier essoufflé, mais plutôt dans un rire nerveux, limite dément. Enfin, nous apercevons un petit pavillon blanc d’où nous pouvons jeter un regard sur la vallée, et sur le terrain de base-ball au milieu de la forêt (??? pour le petit chaperon-rouge peut-être???). Finalement ça valait le coup d’œil.

Voilà de quoi mettre un point final sympathique à notre balade, la descente des 380 marches est tout aussi pénible que la montée, mais enfin, nous arrivons à la gare. Nos efforts n’ont pas été vains puisque nous sommes même accueillis par la fanfare de la police d’Ôsaka au grand complet!

(Tu le vois le mec à qui j’ai eu envie de couper le bras?) Sonnez trompettes, jouez hélicons, levez haut les gambettes! « Moi! Moi! S’iou plait m’dame! Moi! Ch’uis très mal garé, j’ai été très vilain! Donnez moi une contredanse! »

Et pour vous Mesdames :

Du côté des spectateurs aussi il y a de quoi réjouir la lentille de l’appareil photo.

Nous pouvons désormais quitter Minoo, pour le coup en fanfare. Un petit coin de verdure fort agréable qui nous aura permis, à défaut de courants d’air, de côtoyer des courants d’eau. A très bientôt pour un article plus citadin!

17 réflexions sur “Courants d’eau.

  1. Je ne suis jamais allée a Minoo en été, ça a l’air sympa pour se mettre au frais. Nous y sommes allés à l’automne et c’est très beau aussi car la foret est remplie de momiji!

    • Pour le frais c’est très bien… enfin à condition de se poser les pieds dans l’eau parce que nous, entre la balade et les 380 marches, on n’a pas vraiment prit le frais😀

      On a prévu d’y retourner en Automne aussi car effectivement j’ai cru comprendre que c’était aussi très chouette! J’ai hâte de voir ça!!🙂

  2. Ce que je retiens de cet article:
    – Il y a une ville au Japon qui porte le même nom que moi (à une lettre près, mais ça se prononce pareil) et cette ville a l’air très chouette!
    – Qu’il est honteux que tu n’ais pas demandé les numéros de téléphone des deux demoiselles en yukata! (♡´∀`♡)
    – Que le Japon me manque… (mais entre un changement d’apart, et un changement très probable de taf, c’est pas trop le moment…)
    – Que cette ballade est vraiment très sympa et bien racontée🙂

    • -Ah c’est marrant ça! Alors qu’en t’étais minot, on te faisais des blagues sur le Minotaure, ou on te disait qu’il ne fallait pas minauder? (je me rattrape car je voulais les glisser dans mon article mais finalement j’ai laissé tomber :mrgreen:)
      -hihihi pour les numéros de téléphone, qui te dis que je ne les ai pas? Tu notes? C’est 090 564.. …. non je déconne ^^ j’aurais plus été tenté pour leur piquer leur appareil photo par contre🙂
      -Bon courage pour tous tes changements en cours! Tu changes de taf? mais tu restes dans le jeu vidéo?
      -Merci beaucoup!

      • – oui, le Minotaure grand classique😉
        – dommage, pour le numéro de téléphone ^^
        – j’essaie de changer de taf oui, toujours dans le jeu vidéo. J’ai postulé chez Quantic Dream, passé le premier entretien, et j’aurai la réponse dans 3 semaines…

        • Ouah! Quantic Dream! La classe! enfin bon, je peux pas dire que je suis grand fan de ton futur patron (David en tout cas… Guillaume je n’ai rien contre lui :)) mais j’espère vraiment que ce sera concluant pour toi! C’est un studio très très prometteur! Tiens moi au courant!

  3. Ouep, c’est une chouette balade😀
    La cascade est juste magnifique, j’adore ce genre d’endroit !! La forêt, de l’eau haaaaa
    Mais ça a du être assez éprouvant avec cette chaleur :s

    Hoo j’ai hâte de voir ta vidéo😉

    • Merci Kyn, la cascade était agréable et très jolie certes, mais le côté semi-aménagé était vraiment bizarre quand j’y repense.
      Pour la vidéo, c’est fait, je t’ai même ajouté un deuxième genre de cigales!🙂

  4. Y a des endroits en France aussi où il y a un aménagement qui est fait pour faciliter l’accès à ce genre d’endroit. JE trouve ça dommage et ça gâche un peu le côté « nature ».

    • Disons que si toutes les promenades en forêt étaient comme ça, ce serait vraiment dommage. Mais qu’il y en ait une de temps en temps, après tout, comme je l’ai dit, ça a l’avantage d’en faire profiter toute la famille, et tous les âges.
      Et heureusement, cela n’empêche pas de bien ressentir toute la nature environnante. On ne glisse pas sur le chemin, c’est tout🙂

  5. Article bien drôle et qui emmène joliment le lecteur avec lui dans cette petite Odyssée. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le voyage a beau être familial et à proximité, il recèle d’incroyables dangers : chaleur accablante, vieille homme inconvenant (et sûrement pervers), familles encombrantes accrochées au ruisseau comme des crabes à leur rocher, escalier interminable très « sanctuaire de Saint Seiya » et – le plus redoutable de tous – parade de majorettes. Comment tu es parvenu à rentrer chez toi et à trouver la force pour écrire cet article ? Je ne me l’explique pas.

    Olrik, admiratif.

  6. haha merci Olrik pour ton décryptage digne d’Homère (non pas celui de Springfield)! Et encore si tu n’as pas lu l’article suivant, tu verras que j’ai eu le courage de bien d’autres aventures dans la foulée (rayon électroménager, gare à l’heure de pointe etc…). J’ai écrit l’article le lendemain seulement… Je ne suis pas tout puissant… enfin pas complètement. (ça se dit « je suis un peu tout puissant? » :))

    Niwatori, crevé.

  7. Oh… l’escalier… il me fait de l’oeil, il me provoque… (je précise, je suis escalier-vore, oui oui ça existe…)
    Et les cigales,… Effectivement elles portent bien leur nom, elles font un boucan impressionnant. Le truc c’est que les cigales ne connaissent pas la signification du terme « grasse matinée ». Dommage pour toi🙂

    • c’est vrai? Bah bon courage si tu y montes. Il n’est pas insurmontable, évidemment, mais la chaleur et la fatigue aidant, rien que d’y repenser, mes jambes ont envie de dormir!:mrgreen:

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