Paysage en portrait.

Bien le bonjour! Me voilà fin prêt à t’emmener dans une nouvelle promenade par le biais de la magie des mots et des images. Comme tu le sais sans doute, je suis dans une phase de narration à retardement, aussi c’est la balade du 09 Octobre que tu vas découvrir aujourd »hui. Avec beaucoup de chance, j’arriverai à publier mon article de Noël avant la naissance du petit Jésus. Quoi qu’il en soit, nous partons pour le mont Kurama, au nord ouest de Kyôto. Au programme du jour : du vertical.

Mais avant de partir gravir la montagne et avant même de savoir exactement ce que nous allions voir, nous prenons des forces. Premier changement de train, il est presque midi, nous entrons dans un petit restaurant de râmen à Kyôto. Une fois la dose gargantuesque de nouilles ingurgitée, nous nous disons qu’une bonne sieste serait plus appréciée qu’une promenade. Mais à coeur vaillant rien d’impossible, et de toute façon, on n’a pas de lit sous la main… Tout ce beau discours pour justifier le fait que j’avais envie de mettre dans mon article cette photo de baguettes prise à ce moment là.

Fini de rigoler, nous prenons nos tickets pour la ligne qui va nous sortir de Kyôto pour aller jusqu’à Kurama. Cette ligne est très bizarre. D’abord, je lui trouve quelque chose de familier avec les lignes de funiculaire. Les voitures sont petites et la ligne très étroite. Elle passe au milieu de vieilles maisons desquelles ont pourrait fermer les volets en tendant les bras hors du train. Ensuite l’agencement intérieur n’a rien à voir avec tout ce que j’ai déjà vu au Japon :

Oui, ils sont tournés vers l’extérieur. A ce moment là, je me souviens avoir pensé, « ouah cool, ça doit être joli comme trajet ». Mais finalement j’ai surtout en mémoire les fenetres des maisons à quelques centimètres du train…

Finalement, nous arrivons à Kurama. Ce site sacré est envahi de visiteurs comme nous qui viennent admirer les temples qui jonchent les flancs de la montagne qui culmine à 542 mètres (mon coeur de Grenoblois souffre de mettre les mots « montagne » et « 542m » dans la même phrase mais bon…). Nous nous acquitons des droits d’entrée auprès d’un couple de tricentenaires qui passent deux longues minutes à sa disputer devant nous, Mamie insistant auprès de Papy pour qu’il me donne le dépliant en anglais, et lui de se défendre en disant qu’il l’a déjà fait (ce qui n’était pas le cas), et moi de tenter de les réconcilier avec mes « merci, en japonais ça va!… non mais vraiment, merci c’est b… ah! (Papy a retrouvé le dépliant anglais) ah, merci beaucoup, excusez moi, merci…ahaha merci beaucoup, pardon! ». J’ai pas osé demandé s’il n’en avaient pas un en français…

Comme tu peux le constater, il y a pas mal de monde. Je ne sais pas si je lis mal les blogs des voyageurs ici, pourtant je n’avais pas de souvenir d’avoir déjà entendu parlé de ce site. S’il est méconnu de mes compatriotes, je ne peux que le suggérer, s’il est connu, alors je ne peux qu’être désolé de na pas avoir retenu son nom avant. On parle souvent d’Arashiyama, hé bien moi, j’ai préféré Kurama. On y trouve beaucoup plus d’escaliers, mais justement…

Le charme tout particulier que je retiens de cette balade est étroitement lié au regard que la topographie des lieux t’oblige à adopter. Oulà, je sens que j’en ai perdu un ou deux là… je la refais en moins crispé : le fait de se taper des kilomètres d’escaliers t’oblige à observer un paysage toujours vertical et non plus horizontal comme on en a l’habitude. C’est bête, mais c’est de prendre des photos qui me l’a fait toucher du doigt. J’ai constaté rapidement que le format portrait s’imposait de lui même.

Et voici une très belle illustration de ce que je vien de d… héééé mais qui m’a collé cette photo en paysage là? Bon, évidemment tu comprends bien que je ne peux décemment pas faire tout un article avec de la photo en portrait, ce serait faire injure à la rythmique de l’article. Mais j’espère que l’ensemble de mes clichés t’aidera à ressentir un peu ce doux vertige offert par cette montagne. Nous voilà donc en route vers le sommet. Comme bien souvent au Japon, les promeneurs sont de tous âges et de toute condition physique, je suis d’ailleurs certain que nos deux tricentenaires de l’accueil vont et viennent sur ces marches à longueur de temps. Les jeunes enfants sont aussi les bienvenus ici, seulement s’ils se sont bien lavés les mains en signe de purification.

Nous ne tardons pas à ressentir ce fameux vertige dont j’ai parlé. Les arbres sont impressionnants, et créent une ambiance qui nous happe littéralement. Il y a 10 minutes, nous étions dans un train en 2011, et à cet instant, nous voilà dans un lieu intemporel mélangeant l’univers de Tim Burton et de Hayao Miyazaki.

Je crois que c’est la première fois de ma vie que j’ai la nette impression de franchir un porte par en dessous.

Evidemment tout photographe amateur le sait, les contre-plongées, ça allonge, et les plongées ça écrase. Ouais sauf que là même la contre plongée n’arrive pas à rendre l’impression de hauteur qui se dégage de ce seul arbre sacré. Du coup je vais pas me priver d’une petite plongée des familles!

« Ouuuuh, je la sens bien moi cette promenade chérie! »

Nous avançons donc dans la fraîcheur du sous-bois, observant les petits temples qui constituent autant d’occasions de jeter la piécette et de sonner le grelot géant pour les plus fervents croyants, ou de simplement prendre des photos pour les plus fervents touristes.

Et chaque plat ou faux-plat, est suivi par un escalier.

Nous prenons tout notre temps pour monter les marches. Il est de toute façon toujours agréable de se balader dans la fraîcheur des bois, et de découvrir, entre les feuilles, qu’un nouveau temple nous attend. Et puis quand on aime surtout prendre des photos, donnez-nous un mur couvert de mousse et des pieds de lanterne, et on est heureux…

Et des lanternes, ça ne manque pas, comme tu peux le constater.

Les lézards du coin profitent des quelques rayons de soleil qui filtrent à travers les branchages. Celui-là est plutot costaud dans son genre, mais tout à fait inoffensif heureusement.

C‘est alors que nous arrivons sur une esplanade où se trouve ce qui semble être le temple principal. Les gens font la queue pour pouvoir s’approcher et faire leur prière. Visiblement, il y a une procédure stricte à suivre. On s’avance vers un rond au centre de la « cour », on marque un temps d’arrêt, frappe dans les mains, révérence autorisée, puis on reprend sa route vers le temple.

Et ça semble important, à en juger par la file d’attente. De mon côté, imperturbable, je continue mes clichés.

Le son d’une cloche retentit au dessus de nous. Elle ne s’arrête as, et les gongs sont de différentes puissances et irréguliers. C’est en soit suffisemment intriguant pour décider d’aller voir… et que faut-il emprunter pour s’y rendre?

Des escaliers, évidemment.

Le mystère est levé. La cloche est utilisable par le tout-venant. 3 minutes d’observation me suffiront à élucider les différences de puissance. Les femmes sonnent la cloche timidement, comme si elles ne voulaient pas déranger, les hommes, évidemment, se la joue fête forraine. Pas de score affiché pour le plus gros cogneur pourtant, mais que voulez-vous, nous sommes ainsi faits, que nous devons toujours savoir qui a la plus grosse…frappe j’entends. Je passerai mon tour, sachant que, de toute façon, c’est plié, pour eux et je ne veux pas d’incident diplomatique.

Nous poursuivons notre ascension et à ce stade de l’aventure, la question que e me pose est : « pour quoi faire? » Nous venons de passer le temple principal, nous sommes en pleine montagne, au milieu de la forêt, a priori proches du sommet… que peut-il bien y avoir encore?

Bein! Un musée botanique pardi!! Non mais je ne cherche plus de logique chez les Japonais depuis longtemps moi. Mais il commence à être tard et il fait serieusement frais maintenant. Nous décidons de poursuivre car non, ce  n’et pas fini, on monte encore un peu. Il y a un peu plus loin, une clairière un peu particulière.

Une très grande partie du chemin ici est envahi par ces racines de cèdres. L’ambiance est hallucinante. Pour tout un tas de précisions théologiques, je te renvoie à la page wikipédia en français, très bien faite, même si ça part un peu en délire psychique par moments. J’en cite tout de même une phrase concernant ces racines :

« On dit que les samouraïs s’entraînent ici à ne pas chuter pendant le combat et que les méditants voient cet entrelacs comme l’écheveau de leurs nerfs subtils, dans lequel ils doivent remettre de l’ordre dans leur souhait d’atteindre à l’Eveil. Le cèdre millénaire, au bois odorant et imputrescible n’est-il pas le symbole de l’immortalité ? »

Comme sur mes page, on est plus du côté du trivial que du Pursuit, je dirais pour ma part que c’est un coin charmant mais casse-gueule.

Il ne nous reste plus qu’à redescendre. Le chemin naturel nous ramène au pied de la montagne par l’autre flanc, le chemin est moins joli et surtout moins aménagé, le soleil se couche tranquillement, mais de l’autre côté, encore un ou deux temple balisent notre chemin.

Celui là nous attend en bas, au retour à la civilisation, au bord de la route goudronnée. Les lumières sont allumées, j’ai bien du mal à faire ma photo pendant que Sakura passe aux toilettes (l’exploit du jour -que je tais par pudeur pour elle sur ce blog- étant qu’elle ait pu se retenir si longtemps… mas chuuuut je n’ai rien dit)…

Je lève les yeux une dernière fois vers le toit du temple, et je range l’appareil photo pour aujourd’hui. Je garde de cette balade le même genre de saveur que celle laissée par ma promenade à Ikoma-san. N’hésite pas à y retourner en attendant le prochain article. Qui ne tardera pas, je l’espère.

A bientôt!

13 réflexions sur “Paysage en portrait.

  1. « je dirais pour ma part que c’est un coin charmant mais casse-gueule. » J’adore ! Merci pour la balade, je l’ajoute dans ma liste des coins à voir. ;o)

  2. En ce qui concerne ta « clairière de racine » avant de lire ton extrait de Wiki, je me disais:
     » Ouah ‘tain ça serait trop cool de m’entrainer ici avec mon opinel géant…
    Résultat : c’est fait pour ça😉

    • enfin utilisé comme ça selon certaines sources… fait pour ça, faudrait demander à Dame Nature mais je ne suis pas sur de son intérêt pour l’entrainement des samouraïs… Mais sois le bienvenu avec ton opinel géant (si tu passes les douanes avec…raaaah maudit esprit terre à terre!!)

  3. Tout y est Niwatori!
    Les couleurs comme je les aime🙂
    Sacré monument naturel cet arbre et ce chemin enraciné qui te renvoie une image de VIE… La végétation est sublime! Tu as bien fait de nous montrer ces trésors qui le mont Kuruma abrite!
    TOUJOURS plus haut, la descente sera rude^^ Quoi que…
    Je me suis vue monter cet escalier bordé de lanternes rouges!
    Juste en imagination, bien entendu… Car ça me rappelle la montée de 伏見稲荷大社
    Fushimi Inari .
    J’aime beaucoup les temples et tout ce qui tourne autour…
    Je l’ai noté pour la prochaine fois.
    Merci beaucoup.

    • Oui tu as raison cela rappelle un peu Fushimi inari. Mais la montée est plus rude ici mais moins longue. Je ne suis toujours pas retourné à Fushimi Inari depuis mon 1er passage à Kyôto, mais j’espère bien y retourner un de ces 4… peut-être cet hiver qui sait?

  4. Merci pour la promenade. Lorsque j’ai vu la montagne à 542m j’ai réagi comme toi ,c’est juste La Bastille!!!En ce moment les montagnes sont enneigées mais pas La Bastille plutôt Chamrousse.Bon week-end

    • héhé oui c’est sur qu’on n’a pas l’habitude! Nous avons eu les premières neiges dans la région, mais seulement à la télé. Par contre depuis 3 ou 4 jours, le froid s’est istallé, jusqu’aux température négatives le matin et la nuit, rude changement la semaine dernière on avait encore des 12, 13 degrès…

  5. J’ai beaucoup apprécié la photo sur la clairière illuminée !! Paysage surnaturel pour ma part avec un côté zen😉

    Toujours aussi plaisant à te lire ^o^

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