Epiderme

Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers… Ah non pardon, ça c’est pas moi… Moi, je suis né à La Tronche, dans la banlieue Grenobloise, au temps des dernières 4L… bah ouais c’est moins chantant, mais c’est comme ça! J’ai grandi dans la ville la plus plate de France, où les points culminants (hormis nos belles montagnes) sont des immeubles appelés « les 3 tours ». Hautes de 98 mètres (sans l’antenne), elles étaient, lors de leur inauguration, les plus hautes tours habitées d’Europe, avec 28 étages. Tout ça pour dire que, très fréquemment, je me demande si j’arriverais à nouveau un jour à regarder mes 3 tours en me disant qu’elles sont hautes… Car ici, la ville à un tout autre visage, comme tu le sais.

Les gens qui ne vivent pas dans une mégalopole, me demandent parfois quel effet ça fait de se promener dans une ville gigantesque, constituée de gratte-ciels (ce mot même me renvoie à mon enfance où le concept de « gratte-ciel » n’évoquait rien d’autre que le monde irréel des Etats-Unis). J’explique alors qu’en fait, la perception de la ville ne change pas tant que ça, puisque l’on perçoit toujours notre environnement à notre échelle et non pas dans son ensemble.

En gros, on considère en général notre ville un immeuble à la fois. Ce qu’on remarque d’ailleurs le plus au Japon, c’est davantage la diversité de styles (les deux photos précédentes, par exemple, sont prises dans la même rue) que la hauteur des bâtiments. Surtout quand on croise des usines en forme de tablette de chocolat…

Bref, le mythe des gratte-ciel, tel que je me les représentait minot, avec la tête dans les nuages comme le Fuji-san, n’est pas franchement ce que je retiens du visage de ma ville. Pour moi, Ôsaka est bien plus un méandre de rues et d’ambiances, un corps composé d’éléments différents qui cohabitent, qu’une mégalopole tentaculaire sur laquelle ne poussent que des buildings.

Et surtout, mon mode de déplacement (qui ne fait pas exception ici, contrairement à la France), façonne, lui aussi, un visage tout à fait particulier au paysage urbain. En effet, si la cité Française est construite autour d’une place publique, la cité Japonaise, elle, est invariablement construite autour de la gare. Se déplacer en train est donc non seulement d’une facilité outrageante, mais c’est surtout la voie « naturelle » de circulation sanguine.

Alors bien entendu, plus on s’approche du centre, plus on a d’occasions de lever les yeux et de sentir parfois un petit vertige inversé. Et c’est là que ça devient amusant. Car si je commence à bien connaître Ôsaka, à, petit à petit, m’en faire une image précise lui donner une couleur, au fur et à mesure du temps que j’y passe, il reste un aspect qui m’épate toujours.

La recette est simple. Il ne faut plus parcourir la ville, il faut la regarder. Et comment regarder une ville? En prenant de la hauteur. Ce n’est pas l’exercice le plus difficile car si les 28 étages des 3 tours de ma ville natale sont un record, ici, je dirais presque que c’est un minimum syndical. Voilà comment, un après-midi en ville, j’ai eu envie de prendre l’ascenseur de l’immeuble à côté de celui où je travaille, en plein cœur d’Ôsaka, à Umeda. Le building n’est même pas franchement imposant, pour tout dire, je ne l’avais jamais remarqué spécialement. Direction le 33ème étage (bah oui, quand même…)

Sur le coup, j’ai été un peu déçu de la vue. Je l’ai trouvée quelconque. Comme quoi on s’habitue vraiment à tout. Mais en regardant les photos, j’ai finalement commencé à ne plus voir des immeubles, ni même une densité, mais seulement « la ville » en tant que telle. Le chemin inverse de celui qui découvre que la peau est constituée de pores. Moi je connaissais bien les pores, et presque tout à coup, j’ai aperçu qu’ils constituaient une peau, donc un corps.

Evidemment, je ne pouvais pas écrire cet article de réflexions citadines sans te proposer ces mêmes vues en version « by night », philosopher, c’est bien, mais bon, faut pas déconner, y a des classiques à respecter en terme de panoramas urbains. Je suis donc remonté au 33ème étage rien que pour tes beaux yeux.

Je sais aujourd’hui que regarder les choses avec un certain recul, bien souvent, les embellis. J’ai l’immense chance de pouvoir vivre mon quotidien avec ce recul permanent. Regarder le Japon avec le recul de l’œil étranger est aussi intéressant que de regarder une ville de haut, et ainsi la re-découvrir. Je vais être franc, je me félicite tous les jours d’avoir suivi le chemin qui m’a amené ici…

Certains jours un peu plus que d’autres.

A bientôt! Et si tu veux prendre encore davantage de hauteur, viens donc visiter cet article à 300m au dessus du sol, en haut du plus grand building du Japon!

27 réflexions sur “Epiderme

  1. Si ça te rassure les 3tours ne paraissent pas si hautes que ça quand on a pris l’habitude de les voir depuis des années, il y a un projet de tour d’habitation sur l’esplanade qui me fait penser à celle de Dubaï bon pas aussi haute!!!! Merci pour la visite.

    • Oui je sais bien. Mais quand même, elles restent les plus hautes, et de loin. Mais incorporées à ce décors, elles seraient simplement invisibles.

      Sur l’esplanade? Mais où s’installera la foire des rameaux alors???

    • Merci Fred! En fait j’ai du racheter un sac photo avec ce nouveau joujou. J’ai opté pour un Vanguard vraiment bien foutu et peu encombrant (le up-rise 28 pour tout dire). Résultat, j’essaye de ne jamais sortir sans mon materiel. C’est vraiment le meilleur moyen de ne rien rater, comme tu le sais. Du coup les gros plans coucher de soleil on été pris dans le train en rentrant du boulot à Kyôto par exemple🙂

      • Tu as opté pour un sac à bandoulière : pas trop lourd pour l’épaule ?

        En effet, c’est notamment la volonté d’avoir toujours un apn de qualité sous la main pour « ne rien rater » qui m’a fait prendre mon GF2. Pour le sac, perso, c’est type sac à dos pour mon « gros réflex » ou un sac « banane » pour le GF2. Pas forcément le top niveau esthétique la banane, mais quel bonheur pour les épaules quand je vadrouille toute la journée !

        • Le sac à dos me tentais, mais j’avais prioritairement besoin d’un accès facile à mes objectifs et de la place. La bandoulière est vraiment très bien faite et confortable alors je ne ressens absolument aucune gêne. Il est vraiment bien foutu ce sac (toute la gamme l’est d’ailleurs), à prix modéré, je conseille vraiment les vanguard!
          Pour le côté stylé, de toute façon ici une banane ne détrônera jamais le ridicule des visières des mamies à vélo:mrgreen:

  2. Pour la foire gros dilemme il n’y a rien de décidé car les communes environnante n’ont pas la place de l’accepter car il y a des projets de construction d’habitation. Tout le monde se renvoie la balle!!! Les forains s’impliquent énormément sur les différents projets car ils auraient aimé rester en ville, plus facile d’accès (à pied,en vélo en bus…) ; c’est la 2ème foire de France après celle du trône de Paris. Les forains disent qu’ils inaugurent leur manège à Grenoble et si ça marche et bien ça fonctionne partout . On serait une population test!!!!! alors à suivre

    • Oui depuis ton commentaire hier, je suis allé voir sur le site du projet etc… c’est amusant de voir combien il divise les Grenoblois. J’ai hurlé de rire après un « M. Destot!! Grenoble n’est pas New-York!! »….. euuuuh non! ça je confirme, et ça ne sera toujours pas le cas…

      Par contre, si je pense que développer la ville est important et nécessaire, j’avoue que je ne suis pas convaincu non plus, et que je partage l’avis d’une jeune fille de 26 ans qui exprime ses inquiétudes comme suit :
      « Quelle honte!
      Je suis Grenobloise, j’ai 26 ans et je regarde avec exaspération et inquiétude un petit groupe de vieux élus aux idées désuètes, mettre un œuvre des projets suicidaires.
      Des tours??? Si je n’étais pas encore née lors de l’émergence des grands complexes des années 60, ces élus, eux, l’étaient! Pourquoi reproduire les mêmes erreurs?
      Densifier? A l’heure du réchauffement climatique, Grenoble doit s’aérer, respirer et vivre en harmonie avec ces montagnes! »
      Moi j’ai pas mieux. Enfin bref, ceci est un tout autre débat, même s’il s’agit de peau urbaine, je laisse la polémique Grenobloise à Grenoble🙂

  3. Très belle série de photos !! Celle du coucher de soleil est aussi très jolie et je ne parle pas de celles prises de nuit …

  4. Comme disait Victor Hugo : « La ville finit par être une personne. »
    Chaque ville a sa personnalité, ses caractéristiques et je ne me lasse pas de les découvrir, que ce soit là où je vis, là où je voyage.

    • oooooooh un Cédric!🙂
      Oui mais plus je m’interroge sur ma ville plus je me demande si la personnalité des cités n’est pas un reflet de la personnalité de celui qui la regarde. Je pense que le Ôsaka de Julia (pour parler de connaissances communes) est très différent du mien.
      Comme tout le monde finalement… on n’est pas le même selon celi a qui l’on parle… bon mais il est légèrement trop tôt pour que je me lance dans une réflexion philosophique a fur et à mesure que je rédige un commentaire!

  5. Est ce que je vais supporter la vue de tout ce béton lorsque je vais aller te voir? il va falloir que je me prépare mentalement…

    • Tu sais, j’y pense souvent… mais finalement les buildings sont plus en verre qu’en béton🙂 En plus ce n’est qu’une partie du Japon. Et puis tu supporteras tout sans problème puisque c’est ce qui te permettra de me voir:mrgreen:

  6. Superbe article !
    J’ai souvent les même réflexion que toi vis-à-vis des villes japonaises et du rapport qu’elles ont avec les hommes. C’est très intéressant de voir à quel point l’on peut voir les choses différemment.

    On pense souvent qu’une ville humaine est une ville remplie de nature. Moi, je crois au contraire que ce sont les habitants qui façonnent l’humanité de la ville. Ce n’est pas uniquement le contexte matériel/physique d’un lieu qui permet de définir s’il est agréable à vivre.

    Ton échange avec ta Môman me rappelle très franchement les miens ^^

    • Je ne sais pas si ça vient des villes Japonaises spécialement dans mon cas. Toujours est-il qu’en France, j’ai rarement eu l’occasion de regarder une ville dans son ensemble depuis son centre. A Grenoble, on n’a aucn problème pour prendre de la hauteur, mais pas depuis le centre. C’est déjà un aspect particulier. Il suffit de prendre un ascenseur ici. Mais ce doit être le cas dans les grandes villes Américaines, et ailleurs dans le monde.

      Un élément très particulier ici cependant, est la densité des constructions. Que ce soit en centre ville ou à la campagne, c’est un contraste avec la France qui n’a pas encore fini de me surprendre. Ce matin encore en allant au boulot, je me suis pris à me faire la réfléxion « c’est fou quand même comme les maisons sont serrées! »🙂

      • Alors ça pour les maisons serrées, c’est toujours aussi étonnant même après tant d’années !! ^^
        Je crois qu’en fait c’est un des points qui apporte le plus du charme aux villes japonaises.

        • « charme » n’est pas le mot que j’aurais choisi, mais c’est effectivement une des différences majeures avec la topologie des villes françaises.
          Selon moi le charme vient de la diversité des styles principalement. Mais c’est affaire de goûts ^^

          • C’est vrai ! Mais ce qui produit le charme est un ensemble de choses. Les styles, le côté étroit, le fait que les maisons ne soient pas forcément alignées et pointent vers des directions différentes etc.
            Les côtés serrés et non alignés apportent vraiment un plus lorsqu’on regarde les villes d’en haut. Il devient difficile d’apprécier les distances. Ça donne une impression presque chaotique que j’apprécie vraiment.

    • Merci!
      Ce building s’appelle simplement « Dai (grand) 3 (san) biru (building) » et en réalité, il n’y a pas d’observatoire. Le dernier étage est occupé par des restaurants à la vue sans doute magnifique, mais je me suis contenté des deux fenêtres de chaque côté du couloir qui traverse le building de part en part. Solution entièrement gratuite:mrgreen:

  7. L’usine en forme de tablette de chocolat, je suppose que tu l’a prise depuis le train. Tu saurais me dire vers quel coin elle se trouve ? Ça m’intrigue vraiment🙂

    PS : si tu étais à Minami samedi soir avec ta femme et un ami, alors je t’ai aperçu ^^ Dans le doute et te voyant concentré avec ton appareil photo, je n’ai pas osé t’aborder.

    • Pour l’usine (si c’en est une), sur la Hankyû oui, et si je ne dis pas de bêtise c’est pas très loin après Ibaraki-shi (à vérifier), sur la gauche.
      Et effectivement, nous y étions, avec le taulier du blog Unagi Desu, que j’espère tu connais, de passage à Ôsaka, je n’ai pas pu résister à organiser une rencontre, articles croisés à suivre! Trop dommage, tu aurais vraiment du nous interpeller, ça aurait été vraiment excellent!!

      • Merci pour ta réponse. Je passe souvent en train par là mais je n’ai jamais remarqué cette usine. Tu as l’oeil ^^
        Oui, je connais un peu le blog Unagi Desu. Dommage.
        Mais de toute façon, il faudra bien qu’on s’organise pour se voir à l’occasion.

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