Osharekyatto (おしゃれキャット)

Salutations! Depuis quelques temps, je me surprends à observer des choses, autour de moi, qui faisaient partie des aspects du Japon rangés dans la catégorie « bizarre » voire « déglingué », dans les documentaires consacrés à notre Empire préféré, et à n’y trouver plus rien de choquant, presque jusqu’à ne pas comprendre ce qui fait qu’on considère ça comme étrange. Tu veux des exemples? Hé bien par exemple être capable de dormir dans le train, sans rater son arrêt. Hier encore, ce phénomène m’a frappé, peut-être plus fort que jamais. Je suis allé pour la première fois dans un neko-café, et j’ai trouvé ça, non seulement normal, mais excellent! Alors viens, je t’emmène à la rencontre des Aristochats locaux (titre japonais de ce dessin animé : おしゃれキャット (osharekyatto – les chats élégants).

Bien! En principe, si tu es là, c’est que tu connais un peu le principe du neko-café (猫カフェ), mais, au cas où, je t’explique. Neko (猫) signifie « chat » et café (カフェ)… bah… café. Comme tu peux le voir sur le tapis à l’entrée de l’établissement sur la photo ci dessus, il ne s’agit pas d’un café parfumé au chat, mais bien d’un « café with many cats », un café avec plusieurs chats. Beaucoup de chats. Tu le constates, l’entrée n’a rien de marginale ou de farfelue, nous sommes donc en présence d’un établissement tout ce qu’il y a de plus correct, sérieux, et honnête. J’en profite pour signaler que cet établissement est le tout premier neko café ouvert au Japon (en 2004).
Pourtant, debout là, devant l’entrée, je me demande un peu ce que je fais ici. Pourquoi? Si tu as 5 minutes, je vais essayer de te raconter ma vie avec les chats. J’avais 5 ou 6 ans le jour où la chatte de mon Parrain et ma Marraine, Pupuce, avait faim. Moi, sur les genoux de ma mère, donnait donc sous la table quelques morceaux de viande à l’animal noir et blanc. Lorsque celle-ci en eût assez, plutôt que de faire l’effort de m’articuler un « merci », décida de me griffer le visage, jusqu’au sang messieurs-dames, rendez-vous compte! Sanglotant, je me blottis sur la veste blanche de ma môman jusqu’à ce que quelqu’un remarque l’agression dont j’avais été victime.

Traumatisé par l’expérience, je décidais alors que « les chats, c’est nul! » au profit des chiens qui, « eux au moins, sont reconnaissants! ». Des années durant, j’ai honni les félins apprivoisés, pour l’action d’une seule de leur consœur. Injustice humaine. Jusqu’en 2004 où ma vie croisa celle d’un miron abandonné sur le pas de ma porte, et qu’après moultes hésitations, je recueillis, tant il était particulier. Une peluche, un amour que je baptisais Fuji et qui, malheureusement, nous a quitté il y a bientôt 3 ans des suites d’une maladie congénitale. Le problème, c’est que depuis son décès l’idée d’approcher un autre chat m’angoisse. Fuji, n’était pas un chat, mais MON chat, LE chat. Alors je suis là, au pied de cet escalier, et je me demande si je fais bien. Allez! Assez parlé, allons voir!

Concrètement, comment ça se passe? En haut des escaliers, deux directions possibles : à droite le café, à gauche le territoire des chats. On nous demande quelle formule nous désirons. Nous choisissons 1 heure avec les bêbettes, plus une boisson, ce qui nous coûte 1200¥, soit environ 12 euros par personne. On nous donne un petit bracelet, on se lave les mains, on dépose nos chaussures, et on entre dans la fausse aux tigres.

Alors il faut tout de même préciser une ou deux choses. D’abord au Japon, il n’est pas rare que les animaux de compagnie soient interdits dans les appartements. C’est le cas chez nous, et c’est la seule raison pour laquelle nous n’avons pas repris de chat, puisque Sakura est une psychopathe des matous (je ne préfère pas avoir à lui demander de faire un choix entre un chat et moi, de peur qu’elle choisisse l’animal, c’est pour te dire…). La solution trouvée par les nippons est simple : le neko-café, pour que tous ceux qui cherchent leur chat puissent en trouver un ici. Rien de bizarre donc, juste une bonne idée.

Je vais couper court tout de suite aux inquiétudes des défenseurs des animaux qui se demandent déjà comment peut-on accepter l’utilisation des chats à des fins purement égoïstes etc etc… Deux choses : d’abord ici nous n’avons pas affaire à des chats de gouttière, tu t’en doutes. Les Japonais ne font pas les choses à moitié, et s’ils proposent aux clients de venir caresser des chats, tu peux être sûr que tu auras devant toi des chats de compétition. Racés, magnifiques, extrêmement choyés, nous allons rencontrer une concentration de chats complètement stones, défoncés au bonheur. Ils ont leur pièce pour leurs repas et leurs besoins, et cette grande salle où ils savent qu’ils ne trouverons que chaleur et caresses.

Nous sommes donc entourés d’une vingtaine de chats de races différentes qui vont et viennent, ou plus fréquemment, qui pioncent allègrement ici ou là. Il est bien connu qu’un maître ne choisit pas son chat, mais que c’est le chat qui choisit son maître. Les félins du coin ne font pas exception, et nous sentons clairement que nous sommes chez eux.

Le premier à venir se frotter à moi est ce beau spécimen, Loony, bientôt 6 ans, Norvegien. La première chose qui frappe, c’est la douceur des fourrures, et surtout, qu’ils ne perdent pas leurs poils!! Mais vraiment pas! Et ce ne sont pas, comme tu peux le voir, des poils ras! Bon là sur la photo, on dirait qu’il essaye de se barrer, mais je t’assure qu’une seconde avant, il était sur le dos, et ronronnait grassement. Il faut dire que je sais parler aux chats.

Et voilà comment je connais son nom et son âge. En effet, à notre disposition, il y a un book avec les fiches d’identité de chaque chat. Sa race, son âge, son sexe, diverses informations pour nous aider à choisir notre chouchou (bien qu’au final, je l’ai dit, c’est eux qui nous choisissent…). Sur la page de droite, tu peux d’ailleurs faire connaissance avec Blue, un Maine Coon (la plus grande race de chats) de 8 kilos! Tu l’as aperçu sur l’image avec l’arbre à chat un peu plus haut, et le re-voici :

Belle bête n’est-ce pas? Rapidement cependant, je me rends compte que plus que de se prélasser avec les chats, on cherche surtout à faire des photos, à attirer leur attention etc… Et nous passons de chat en chat, découvrant des races, parfois bien au delà de la laideur, parfois éblouissants de beauté, selon les goûts de chacun. Je laisse donc Sakura en bonne compagnie avec Loony et commence une série de portraits.

Beaucoup de chats à face plate…

Parfois on cherche un peu la tête…

Et toujours cette fourrure impressionnante, et sans perte de poils (je ne m’en remets pas!).

Tous ici ont leur petite personnalité, à l’image de la « Reine » qui, pendant toute l’heure ne bougera pas d’un iota, le regard fixe, sur son meuble au milieu de la pièce (tu peux la voir sur la photo d’ensemble plus haut et sur l’autre photo d’ensemble plus bas). Elle se nomme d’ailleurs Karen-sama (suffixe le plus haut dans la hiérarchie des politesse) et sa fiche indique qu’elle fixe d’un regard impénétrable tous ceux qui se présentent à elle. Lors de cette photo, elle ne broncha pas et c’est moi qui finit par baisser mon regard. Véridique.

Il y a aussi le seul qui osera un rapide miaulement, un grand chat roux de toute beauté à la queue incroyable, Kun de son petit nom:

Les amoureux des chats (et je suis forcé de constater que j’en fait partie) aiment souvent l’indépendance, le caractère, et la fierté limite hautaine du chat. Les représentants de l’espèce regroupés ici en sont une illustration parfaite.

J‘ai attendu 5 bonnes minutes avant de réussir à obtenir le 3/4 face de cette belle, qui tournait la tête dès que j’approchais avec mon objectif.

On observe donc les matous assoupis, mais aussi ceux entre nos jambes qui réclament des papouilles…

Ou même les autres clients présents…

Non, la jupe n’est pas assez courte pour la blague grivoise… Et c’est au milieu de tout ça qu’est apparu mon coup de cœur (non!! je viens de te dire que la jupe n’est pas assez courte!!), Gri-gri, petite femelle espiègle.

Cette boule de poils, qui n’a jamais accepté une seule de mes caresses (ni de personne d’autre), m’a fait fondre. Tu le vois, elle a des tendances coquines et aimait se cacher dans les casiers, ce qui explique que je ne l’avais pas spécialement remarqué plus tôt. Il faut dire que la pièce grouille de recoins où nos amis savent se faire discrets.

Ce petit amour se balade donc entre nous, sans prêter attention au genre humain. Et ce qui m’a frappé d’abord, ce sont ses pattes…

Difficile de bien s’en rendre compte sur les photos, mais ses pattes sont minuscules. Moi qui déteste les bassets, teckels, et autres saucisses à pattes ayant grandi sous un placard dans la famille des canidés, je me surprends à adorer ce chat court sur patte. Il faut dire aussi qu’elle présente une ressemblance étonnante avec mon Fuji, non pas dans sa robe ou sa morphologie, mais sa tête et son regard son vraiment identiques, c’en est troublant!

Non mais sérieusement! Regarde la! On dirait une marionnette de Guignol! Trop bon! Alors si comme moi tu découvres l’existence de ce genre de chat, voici quelques détails. Il s’agit de la race Munchkin, qui n’est d’ailleurs pas reconnu comme race à part entière par tout le monde. La mutation touchant la taille des pattes étant, en fait une maladie. Le pourcentage de chance d’obtenir un chat Munchkin est d’ailleurs très intéressant selon les croisements etc… Son nom vient du peuple court sur pattes que Dorothy rencontre dans Le Magicien d’Oz. Bref, je ne vais pas faire le détail, mais je te renvoie, si ça t’intéresse à la succincte mais passionnante page wiki consacrée à cette race.

L‘heure avance tranquillement, et il commence à y avoir pas mal de monde. Nous sommes Dimanche, il est environ 14h maintenant, une sorte d’heure de pointe, j’imagine. Clairement, l’ambiance en pâtit. La prochaine fois (oui car il y en aura sûrement une), nous viendrons plutôt le matin, même si l’ouverture n’est qu’à 11h00. Il faut savoir aussi qu’en semaine, les prix sont beaucoup moins élevés, 800 et quelques yens contre les 1200 aujourd’hui.

Lorsque le temps impartit est écoulé,  une petite série de bip bip se fait entendre, et un employé appelle le nom du client, et lui dit, en substance : « c’est pas tout ça, mais faut y aller, ça fait x heure! » (à l’aide du fameux そろそろ -soro soro- que j’adore). Parfois la séparation est difficile, comme ce jeune homme qui avait conquit le cœur de mademoiselle, et qui a bien du mal à lui faire comprendre que c’est terminé (c’est elle qui a snobé mon objectif après ça, et je suspecte un chagrin d’amour…)

Ca y est, je suis pris au piège, je guette ma montre et demande avec angoisse à Sakura combien de temps il nous reste? Je ne veux plus partir moi! Je suis là, avec les plus beaux chats que j’ai pu voir, calmes, sans avoir à changer leur litière, les emmener chez le véto, m’inquiéter pour eux, etc, et on m’avait dit à la télé que c’était une « étrangeté nippone »?? Mais c’est la rareté de ces établissements qui est étrange!

Et pourtant ça y est, c’est notre nom que l’on appelle. Nous récupérons nos affaires, faisons nos au-revoir à nos préférés, et nous préparons à passer dans la partie café, séparée par une vitre.

Voilà, nous avons quitté nos amis à quatre pattes, mon oeil traîne encore vers eux à travers la vitre qui nous sépare, alors qu’une agitation semble les gagner. Quelqu’un leur donne à manger, et ils sont tout à coup très coopérants, y compris ma chouchoute…

Snif, je me console avec mon café, car, une fois de plus, le Japon ne se moque pas de ses clients. Les chats sont parfaits, les cafés doivent l’être aussi.

C‘est donc parmi les clients qui attendent leur tour, le côté chat étant légèrement surpeuplé, que nous finissons notre première incursion dans le monde surprenant des neko-cafés.

Si la capitale japonaise fourmille, dit-on, de ces établissements, Ôsaka n’en compte vraiment pas beaucoup. Si tu es dans le coin et que cela te tente, tu en trouveras, je crois 3, dont un à Ibaraki-shi, et un a Ame-mura. Aujourd’hui nous étions au 猫の時間 (neko no jikan, l’heure des chats) qui se trouve à Tenjinbashi 6 chôme.

Si tu y passes, salue bien Gri-Gri la petite Munchkin de ma part, en attendant que je retourne lui faire une caresse ou deux!

Franchement, c’te bouille!

N’hésite pas à venir y faire un tour si tu passes à Osaka, et tu verras qu’il n’est pas aisé de réveiller certains de ces gros dormeurs. Mais une chose est sûre : après être passé ici, tout le monde voudra devenir un cat…

A bientôt!

17 réflexions sur “Osharekyatto (おしゃれキャット)

  1. Mouah ha ha… c’est bon, j’peux mourir, je t’ai vu dans un neko cafe ! Troooop fort.
    Je me roule par terre depuis 5 minutes !
    Et puis, ça me change de mes concerts, events ou autres cafés gay…😉

    • mais quel mesquin moqueur!!!
      Je ne sais pas si tous les neko cafe sont comme ça, mais j’avais peur du côté glucose-trop-kawaii etc, mais la “qualité” des chats présents empêche clairement de tomber dans cette caricature de la niaiserie nippone. Donc m’en fou, même pas honte, et en plus, j’y retournerai!:mrgreen:

  2. J’étais aussi passée par le neko café lorsque mon chat me manquait trop pendant mon séjour au Japon… J’ai tendance à être un peu gaga devant ces petites bêtes alors autant dire que j’étais aux anges ^^ Je regrette tellement qu’il n’y ai pas ça en Australie, je suis trop en manque de chaaaat😥
    (Bon, ok, ici, il y a des dauphins… :p )

  3. ohhhhhhh, le petit Munchkin!!! c’est fou comme des pattes plus courtes que la normale rendent ce chat trop mignon!!!!!

    • Mais c’est dangereux! Si tu as lu la page wiki, tu sais que croiser 2 Munchkin donne 25% de chances d’un chat non viable! à cause de ce gène😦

  4. *o*
    Je fond !!! Trop mignon !! Comme j’aimerais me retrouver dans cet endroit !!
    Merci pour ton partage😉
    Bon en même temps, j’en ai un exemplaire à la maison hihihi
    Suis aussi psychopathe que Sakura je pense : les chats d’abord !!!
    mdr

    • Content que ça te plaise! Franchement depuis ma rencontre avec le Munchkin, je dois avouer que ça me travaille… Enfin bon, encore une fois, un des gros avantages de ce genre de lieu, c’est qu’on n’a que les avantages, justement, des animaux.

        • Je découvre ce jeu après ton commentaire, je n’en avais jamais entendu parler! Je vois aussi que c’est un terme générique anglo-saxon de rôlistes équivalent à Gros Bill, pas franchement dans l’esprit du chat donc😀😀

          • En effet ça n’a aucun rapport avec la race féline d’où le fait que j’ai tiqué de suite à la lecture de ce nom😀

  5. moi comme j’ai toujours des problèmes lors de mes rencontres avec les animaux il ne faudrait pas m’emmener avec vous!

    • Ecoute, ils avaient quand même pas l’air aussi féroce que les vautours, ou les aras enragés, ni même les otaries qui nous ont sauté dessus… donc je dirais que là, tu peux y aller en toute sérénité… quoi que!🙂

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