L’encens lancinant.

Bien le bonjour! Aujourd’hui je fais découvrir à Tsuki mon temple préféré (mais genre… super préféré!). Tu le connais surement très bien si tu me suis depuis longtemps, les nouveaux pourront le découvrir ici et compléter la visite plus tard avec ses 2 premières itérations sur mes pages ici (où l’on avait vraiment découvert ce coin par hasard) et ici (où on avait fait connaissance avec de nombreux Jizô). Et si l’on découvre toujours de nouvelles notes quand on ré-écoute Echoes de Pink Floyd, ou que l’on comprend toujours de nouveaux sentiments en relisant Les Fleurs du Mal, visiter Hôzan-ji à Ikoma, dans la préfecture de Nara, est clairement à chaque fois une nouvelle expérience. Et tu vas voir que Tsuki va apporter une lumière toute nouvelle sur ce lieu que je croyais connaitre sur le bout des doigts… En route donc, pour une odeur d’encens qui revient à espace régulier dans ma vie.

Précision importante aujourd’hui je fais une infidélité à mes appareils photo puisque je me suis muni du compact de Tsuki, un Olympus tout à fait correct, mais que je n’ai jamais utilisé, tu devras donc pardonner quelques mises au points ratées, et un format 16/9 (que je ne déteste pas de toute façon). Globalement j’ai été très satisfait des clichés de cette virée, même si le confort d’un vrai viseur se fait cruellement sentir pour moi à la prise de vue, et qu’un compact ça reste un compact…

On arrive donc par l’allée des lanternes, je laisse Tsuki prendre la mesure des sentiments qui nous envahissent quand on remonte cette allée tout seul, et que chaque pas nous importe un peu plus de senteur d’encens dans les narines.

Le lieu ne m’étant pas inconnu, loin s’en faut, je vais essayer aujourd’hui de me concentrer sur des éléments différents de mes précédentes visites, d’autres détails, de façon à ne pas te lasser, et que tu puisses retourner lire les deux précédentes venues avec plaisir, car elles se complètent vraiment bien selon moi.

Ce lieu est vraiment parfait pour les lumières hivernales et les temps pluvieux, c’est en tout cas toujours sous ces conditions météo que je prends l’envie de venir ici… Un jour peut-être le visiterons-nous en plein soleil?

Mais peu importe la saison, les pierres d’ici habitent cette montagne depuis si longtemps que leur peau s’est fondue dans la mousse et les tons verts, jaunes, gris et bruns composeront notre palette du jour.

Le symbole du temple, composé de deux radis ressemble à une version végétarienne d’un drapeau pirate. On verra plus tard que ce n’est peut-être pas anodin…

Le portail d’entrée nous accueille avec ses grands drapés blancs.

Le premier niveau -car le temple est tout en étages- s’ouvre à nous, aujourd’hui très fleuri.

Dès cette entrée en matière, Tsuki attire mon attention sur les visiteurs autour de nous. Si d’habitude nous sommes relativement peu à nous partager le temple quand je viens, aujourd’hui il y a un peu plus de monde. Ma douce et tendre me fait remarquer qu’ils sont tous très pieux et savent parfaitement où se diriger pour leurs prières. Ils passent de telle statue à telle autre, évitant soigneusement certaines etc…

Je dois dire que je n’avais jamais prêté attention à ça. Sakura n’étant ni pratiquante ni connaisseuse dans les différents rituels de son pays, je n’avais jamais rien noté. Mais Tsuki vient d’une famille qui prie. Et qui prie selon les manières d’une branche Shingon spécifique. Si elle même n’est pas rompue à l’exercice, elle me confie se sentir complètement perdue ici, n’ayant aucune idée de ce qu’elle devrait faire si elle devait prier.

On tente alors de définir ce qui lui semble si bizarre. D’abord les clappements de mains. Leur rythme est bien plus rapide ici, et parfois répétés à 3 reprises au lieu des habituels 2 coups. On remarque aussi quelques pèlerins qui produisent des bruits gutturaux tout en exécutant des gestes chorégraphiés, yeux fermés, inspirations intenses… une bouffée de shamanisme clairement étrange, maintenant que je l’observe.

Mon observatrice de compagne me fait aussi remarquer que personne ici ne semble être en visite de courtoisie, comme nous le sommes. Chaque personne que l’on croise est là pour sa dévotion, sait où il va, et personne ne prend de photo. Si j’ai vu quelques badauds comme moi les autres fois, il est vrai qu’aujourd’hui, je ressens un petit malaise à photographier, comme si je dérangeais les fidèles. Bon c’est pas grave hein, je fais comme si je n’étais pas d’ici et continue mes détails.

On retrouve notre copain Fudō Myōō (不動明王), le dieu vénère qu’on vénère.

Le torse pluvieux, il veille, à côté d’un comparse aux mains gercées cerclées d’un chapelet.

Je sais pas ce que j’ai avec les textures mais je me retrouve à m’extasier tout seul sur ce petit toit de je-ne-sais-même-plus-quoi… Il va vraiment falloir que je consulte.

Et bien entendu, je ne peux tout de même pas ne pas m’arrêter sur les komainu d’ici.

Et comme toujours, cette fumée ambiante, cette odeur extrêmement forte qui embaume la montagne. L’encens. Sensation et illustration olfactive de la dévotion. A cette dose, il ne vaut mieux pas y craindre.

Et comme la fumée qui s’échappe des bâtonnets, nous prenons un peu d’altitude en montant à l’étage supérieur. L’occasion de se pencher sur les toitures, aux fleurs fanées. Les pétales tombent même pour elles.

Aujourd’hui le temple est paré de blanc, tout comme la dernière fois d’ailleurs, mais tu te souviendras peut-être qu’à notre première venue, il était multicolore, ajoutant une touche coréenne ou tibétaine peut-être. Ça aussi ma chérie va le souligner à plusieurs reprises, elle a un sentiment diffus d’ambiance coréenne, sans pouvoir pour autant cibler avec précision à quoi cela tient.

Des couleurs peut-être? Des attitudes des gens? Décidément ce Hôzan-ji recèle de nombreux mystères.

J’aime toujours autant avoir cette vue sur les toits resserrés des différents bâtiment du niveau principal. C’est une étape charnière entre cette agitation humaine et la forêt qui s’ouvre devant nous.

On sait déjà par qui elle est gardée, et on est prévenus qu’on n’a pas intérêt à foutre le dawa… Ces kitsune que je trouve personnellement trop mignons feront dire à Tsuki « 怖い!! » (Kowai! : effrayant!), genre de détail qui te fais vraiment sentir touriste. Parce qu’elle ne plaisante pas du tout, cette saynète la mettra vraiment mal à l’aise.

On ne plaisante pas avec les dieux. Quand il commence à faire froid on leur met des bonnets ou des jambières.

On est touchés par leur grâce, dans la lumière blanche, que l’on soit de ceux qui prient les kamis ou bien les pixels.

La pagode (encore une forte connotation coréenne selon celle que je suis venu guider ici, et qui finalement est celle qui me guide) a été repeinte récemment, il te suffira de la comparer à celle des dernières fois pour voir que ce n’est pas une légende, ici on prend soin des bâtiments religieux en activité. Et si nous autres occidentaux laissons nos statues perdre leurs couleurs d’origine, ici on en prend soin.

Avant :

Maintenant :

Nous entrons ensuite dans la ville des Jizô. Ce chemin qui remonte la forêt, avec des centaines de ces statuettes de part et d’autre. On s’est déjà beaucoup penché sur elles… J’essaye d’en rencontrer quelques inédites ou saluer de vieilles connaissances, voir si leur mousse a poussée.

En tout cas dans ce sous-bois, la température n’est pas haute, et on peut voir quelque signes de ce froid pointer ça et là.

Certains habitants du coin semblent d’ailleurs un peu grincheux de devoir se les geler pour le plaisir des grenouilles de chôzubachi qui arpentent la montagne, déposant une pièce de 1 yen dans chaque réceptacle devant chaque statue.

Mais Kannon n’est jamais loin pour déposer sur tout l’environnement une vague de chaleur et de bienveillance.

Et moi je me régale des pierres végétales.

Certains ont des bonnets plus fashion que d’autres…

Et ça tombe bien parce qu’alors qu’on arrive en haut du chemin, il commence à neiger assez sérieusement. Je suis super content de pouvoir voir Hôzan-ji sous la neige, mais tu connais maintenant la difficulté que j’éprouve à photographier sous la neige

Je fais donc comme si de rien n’était et capture quelques derniers détails.

Un papy sors de derrière une baraque avec un seau rempli de sel en morceaux. Il les fracasse sur le sol énergiquement. Tellement énergiquement qu’on ne peut s’empêcher de rire Tsuki et moi, disant « oh la vache, il rigole pas l’ancien, il a pas l’air joyeux! »

Les impacts témoignent de cette énergie. Nous quittons l’endroit avant de nous retrouver nous-même criblés de gros sel.

Nous laissons là mon temple chéri, mais n’en avons pas tout à fait fini avec le coin. Car tu te souviens sûrement que juste à quelques pas d’ici se trouve un site shintô des plus magiques. Impossible de ne pas emmener Tsuki là bas.

Perdu dans une faille de la montagne, quelques maisonnettes abandonnées servent d’autel.

Super flippant, on se demande bien qui peut venir prier ici. On avance un peu pour aller voir le petit coin que j’adore et où je t’ai déjà emmené deux fois.

Les autels ici sont entretenus, et équipés de tout le confort… moderne…

Et à la vue de ces offrandes, Tsuki va, une fois encore, exprimer son fort étonnement disant que c’est la première fois de sa vie qu’elle voit des légumes! Elle en rit de bon cœur, n’en revenant pas.

Bon, pour moi c’est pas plus bizarre que des fruits ou du saké, ou des cookies avec un verre de lait pour un gros bonhomme rouge… Mais visiblement c’est encore une originalité d’ici, et je repense à ce moment là aux deux radis croisés qui servent de symbole au temple… Coïncidence? Je ne crois pas non! Un coup des illuminati et du lobby vegan assurément!

Tu reconnaîtras peut-être ce torii car il a récemment été publié deux fois par mon poto Angelo d’Horizons du Japon.

Je te suggère fortement d’ailleurs, si tu comptes venir par ici, de faire appel à ses services car il te donnera accès ici à un savoir unique, en discutant par exemple avec le moine en charge du sanctuaire, un personnage unique et haut en couleurs, entouré d’esprits de dragons, mais je n’en dis pas plus…

Le lieu est effectivement imprégné d’une magie incontestable et palpable. Un concentré d’énergies que les plus grands magaka et réalisateurs d’animés tentent fréquemment d’illustrer.  Et c’est dans un silence profond qu’on crapahute sur les feuilles mortes et les pierres glissantes littéralement à flanc de montagne. Gare à la chute!

Si je n’étais pas si terre à terre, je pourrais jurer que Moro la louve géante de Princesse Mononoke pourrait apparaître d’une instant à l’autre… Mais je me contenterai d’un gros matou au regard incendiaire.

Je sens bien qu’il voudrait nous voir quitter son domaine. Nous nous exécutons d’ailleurs. Un chat noir? Je suis pas superstitieux, ça porte malheur, mais quand même…

Avant de redescendre comme à mon habitude par les escaliers jusqu’à la ville en contrebas, nous faisons un petit crochet par un autre petit coin que je n’ai en fait jamais visité. Va savoir pourquoi, les deux dernières fois je n’avais pas pris la peine d’aller voir cette petite « cascade » sacrée à deux pas en contrebas, dissimulée derrière une bambouseraie sombre.

C’est pourtant assez charmant aussi, les sépultures sont à flanc de montagne, l’endroit est désert et Angelo me confirmera qu’il n’a jamais vu personne ici.

L’eau bénite se dispense en un filet qui tombe d’une belle hauteur.

Inutile de dire qu’outre la température de l’eau, la claque que tu dois te prendre sur le pif quand tu viens prier dessous et probablement la seule responsable des conséquences ésotériques constatées par les croyants.

Et nous quittons enfin totalement l’endroit par ce petit chemin où les arbres ont des pierres pendues aux branches pour les faire pousser en tonnelle. A cette époque de l’année et par ce temps, on pense plus à des rites vaudou inspirés du projet Blair Witch. Brrrr, ça me colle quelques frissons quand même!

C’est donc dans le froid que nous terminons notre escapade. Mais même dans l’eau la plus gelée, des couleurs s’épanouissent, et, nous aussi, garderons encore longtemps le souvenir de cette visite, vif dans notre tête. Rien à faire, ce temple et ce bout de montagne seront difficiles à détrôner dans mon cœur, et je te fiche mon billet que l’odeur de cette montagne reviendra bientôt titiller mes narines et tes yeux!

A bientôt!

25 réflexions sur “L’encens lancinant.

  1. Waoooooooohhhhh!!!! quelle cascade. On n’a pas l’habitude d’en voir des comme ça dans nos régions de montagne. Bon, blague à part, je ne me souvenais pas d’avoir vu tout ça lors de ma dernière visite à Hôzan-ji. Peut-être que je n’avais pas bien regardé. En tous cas, je suis ravi d’avoir refait cette visite virtuelle à travers tes photos et commentaires, toujours si poétiques et bien écrits. A propos d’Angélo, je confirme : utiliser sa présence et son érudition sans modération.

    • Je ne vous avais pas emmenés à la deuxième cascade… ouais bon… au deuxième filet d’eau derrière la bambouseraie. Tout le reste tu l’as vu, si tu t’en souviens pas c’est que t’avais pas bien regardé effectivement🙂 Tu peux toujours relire l’article qui raconte ta visite pour te rafraîchir les idées, c’est fait pour ça un blog!🙂

  2. Énorme découverte, merci !
    Je ne connaissais pas du tout ces lieux et c’est du très, très lourd !🙂
    D’ailleurs je reviens fin mars/début avril et je n’ai pas oublié que je te devais un resto !

    • Si t’as l’occasion d’y passer, n’hésite pas, le funiculaire pour y monter vaut le détour aussi haha en mode décoration de bus de maternelle… Tu vas adorer🙂

  3. Dans quelle région se trouve ce temple ?
    Il me rappelle énormément le temple Mitaki à Hiroshima (dont je parle sur mon blog) : l’atmosphère générale, le fait qu’il ne soit quasiment visité que par des fidèles (en dehors de la période de koyo), la pagode rouge, le fait qu’il soit affilié à la secte Shingon..

    • Oh bah alors ça pour une coïncidence, je viens juste de consulter ton blog pour la première fois, via ton commentaire chez Angelo. Donc enchanté, bienvenue ici, et ce temps est à Ikoma dans l’agglomération d’Osaka, toile de fond de mes pages🙂 N’hésite pas à parcourir mes loooooongues balades quand t’as du temps et à poser quelques commentaires si le cœur t’en dis, et je ne vais pas manquer de garder un œil chez toi!

      • Ha merci ! Oui, je compte bien lire le reste ! J’ai bookmarqué le blog. 9 ans que je vis ici, pas très loin en plus et je n’ai jamais vraiment visité Osaka, je vais aller piocher des idées et essayer de prévoir un petit voyage là-bas un de ses 4 !

  4. Sympa cet article au coeur du temple de la montagne aux trésors. Je vois qu’on y parle de moi également ^^
    Y a un truc qu’on devrait faire un jour, c’est y aller tous les deux. Tiens, pourquoi on n’y a jamais pensé ?

    • On a pourtant souvent évoqué des sorties photos ensemble et finalement on ne s’y colle jamais vraiment… Mais clairement on pourrait aller là bas ensemble, ou ailleurs. Y a pas que les cannellonis au saumon et épinards dans la vie! -même si bon… y a ça aussi-

  5. Même avec un compact, tes photos sont toujours réussies et nous transportent sur place (avec en plus ta tirade que j’affectionne ), je ne m’en lasserai jamais😉

    Comme on dit sur un média de vidéo que je nommerai pas, pouce vert !! (lol)

  6. Super balade🙂
    Je n’avais jamais fait gaffe que les Jizo avait du rouge à lèvre…
    J’ai une petite question aussi. Pourquoi il y a t il des pierres sur le torii ?

    • Haha la question à 100 000!! Je la pose systématiquement, et personne ne sais me répondre, à tel point que j’ai abandonné l’idée de la poser dans l’article…
      Donc voilà désolé, je ne sais pas, Tsuki n’a pas su, Sakura ne savait pas, je commence à penser que ceux qui mettent des caillasses ne savent pas non plus pourquoi🙂

      • Mmmh… Ça gênait le chemin. Fallait bien les mettre quelque part. Ah mais du coup je veux encore plus savoir pourquoi🙂

      • Il me semble que c’est lié au bouddhisme, pour aider les défunts (enfants) à passer la rivière, les enfants vivants leurs laissent des pierres, normalement sur les Torii (mais on en voit de plus de plus un peu partout je trouve).

  7. Intriguée par la différence que semble représenter ce temple dans « ses rites » j’ai cherché quelques informations sur internet, je n’ai pas trouvé grand chose, mais il existe une page en français http://hozanji.com/Hozanji%20-%20French.html qui pourra peut-être apporter quelques précisions…notamment sur l’origine et la « création » de ce temple.

    En tout cas l’article est intéressant et arrive à nous immerger dans l’atmosphère tout en ajoutant juste ce qu’il faut d’humour, Super !

    • Merci Elo, oui j’avais consulté cette page plusieurs fois, et on a fait des recherches aussi en japonais, mais au bout du compte, tout cela reste mystérieux pour nous🙂 sans parler des secrets que recèle le village alentour et ses ryokan presque à l’abandon… presque… excepté pour certains client de certaines dames… mais je n’en dis pas plus, je voudrais en parler mieux la prochaine fois😉

      Merci pour le lien en tout cas, c’est vrai que j’aurais pu l’ajouter🙂

  8. Merci Ondori pour cette jolie balade riche en détails, sensations olfactives et fraîcheur.
    J’aime beaucoup cette fougère qui ne saurait pas quitter son toit.
    C’est un lieu très beau❤

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