Au Japon

Dedans ma chaumière.

« Dedans ma chaumière, pour y vivre heureux, combien faut-il être? Il faut être deux. Oui ma chaumière, je la préfère, avec toi oui avec toi, avec toi oui avec toi, au palais d’un roi. » Cette chanson folklorique que me chantait ma mère quand j’étais petit est très à propos aujourd’hui puisque je t’emmène dans la campagne japonaise, découvrir des maisonnettes aux toits de chaume. Habituellement quand on parle de chaumières au Japon, on tombe immanquablement sur Shirakawa-gô, un lieu touristique magnifique dans la préfecture de Gifu. Mais nous, on va faire plus local, plus petit, plus terroir. En route pour Miyama.

Nous sommes partis pour une nouvelle étape de la Saga Parentale 2017. La chérie et moi avons décidé de les emmener voir ce petit village du nord de la préfecture de Kyoto. Mais avant d’arriver sur place, nous faisons escale ici… Dans cette école primaire.

Une école primaire visiblement pas jeune.

Pourtant on y trouve encore les chaussons pour les écoliers, les fresques peintes par eux probablement en fin d’année…

Les toilettes sont bien entretenues et pédagogiques, les robinets luisants…

Oh! Tu te demandes ce qu’on fout ici? Ah oui pardon j’ai oublié de te dire que je suis des cours intensifs de lecture! Comme je l’ai dévoilé dans un tweet récemment, répondant à celui-ci :

je sais à peine lire…

D’ailleurs dans cette classe, on peut remarquer qu’ils l’ont bien aménagée en coin bibliothèque.

Celle-ci aussi! Franchement, ça donne envie de s’asseoir en rond par terre et commencer le club lecture!

Je me demande ce que la classe d’à côté propose… On jette un œil par la fenêtre :

Mmmmh okééééé, maintenant je commence à trouver cette école un poil étrange…

Tout est bien propre, entretenu, mais un élément principal manque…

Les monocycles ne suffisent pas à gommer cette drôle d’impression que quelque chose ne tourne pas rond ici… je jette un œil dans cette nouvelle classe, mon club de lecture pour débutants s’y tient peut-être?

Doux Jésus quel bordel!! Entre les deux roues de toutes sortes, on distingue des albums des Beatles…

Des petites voitures et des pubs des années 70 posées à côté de Doraemon suspendus…

Des engins à pédales et des grenouilles géantes…

Des miniatures bien rangées…

Bref, on se croirait dans un bazar. Et de fait…

Voilà, je comprends mieux! Ces salles de classes d’antan sont désormais des boutiques et des bric-à-bracs! Me voilà rassuré je commençais à penser que j’étais dans un mauvais rêve, du type de ceux où tu te balades nu à l’école…

Fort heureusement il n’en est rien, et nous sommes à deux doigts de découvrir la raison qui nous a poussés à retourner à l’école. On change de bâtiment…

Sympa les paillasses! Cours de cuisines ou de chimie? Il semblerait que la cloche a sonné depuis belle lurette.

Et alors qu’on fait glisser une des nombreuses portes coulissantes de bois, une chaleur agréable vient frapper nos visages, et l’odeur de pâte cuite au feu de bois vient chatouiller nos narines! Aaaah oui je m’en souviens maintenant!

Nous sommes venus ici car c’est une pizzeria qui a élu domicile dans cette école réaménagée!

Si les reconversions de bâtiments inutilisés sont rares au Japon (tu peux prendre pleine conscience de ce phénomène si tu regardes par exemple les vidéos de l’ami Tev d’ici-japon et sa superbe série X-Site, ou le livre du copain Jordy Meow à la découverte de ces lieux abandonnés, édité chez les potos issekinicho), ici, l’essai est transformé.

Décors authentique et nourriture de qualité, ce petit restau perdu au milieu de nulle part est plein à craqué en ce lundi midi.

Mais la Terre ne s’est pas arrêtée de tourner et le temps passe. Aussi, après avoir dégusté nos pizzas aux légumes du jardin, nous reprenons la route vers notre destination, mais sommes à nouveau contraints à l’arrêt rapidement…

Hélas hélés par un petit parc en bord de route, où des arbres se donnent en spectacle pour absolument personne.

Nous découvrons d’ailleurs que nous sommes ici devant le barrage de Ohno (大野ダム), à l’eau extraordinairement et étonnamment verte!

Une ligne de flottaison retient le bois probablement utilisé non loin de là par quelque usine. L’espace d’un instant, on se croirait au Canada, je ne sais pas pourquoi…

En tout cas c’est superbe.

Juste le temps de quelques clichés rapides dans cette gorge encaissée et privée de soleil, et nous revoilà en voiture direction le hameau qui n’est plus très loin.

Et lorsqu’on débouche dans la vallée, on découvre blotti au pied des montagnes ce petit bourg si particulier…

Tu l’auras compris, ce qu’on vient voir ici, ce sont les toits.

Ces toits de forme très pointue ne sont pas rares au Japon, surtout dans les campagnes reculées ou montagneuses où la neige ne se fait pas prier. Mais aujourd’hui, on les voit bien plus volontier en taule qu’en chaume.

Mais ici, on reste fidèles à la tradition, et on conserve ces toits amoureusement, pour le plaisir des quelques touristes qui ont fait le déplacement jusqu’ici.

Car l’accès n’est pas aisé. Un car dépose quelques Chinois, mais il te faudra préférer la voiture pour t’y rendre. Pourquoi ne pas booker ça avec les équipes des Safari (Osaka ou Kyoto)? C’est d’ailleurs grâce à Angelo que j’ai eu connaissance de ce petit coin de beauté, et ils sauront t’en extraire l’élixir le plus goûteux!

Outre les touristes, peu nombreux, et tout de même principalement Japonais, il faut savoir que ce village n’est pas un musée à ciel ouvert. Les gens habitent ces maisons, et s’amusent à regarder les visiteurs peupler leur demi-douzaine de « ruelles ». Alors déambulons nous aussi.

Les maisonnettes sont réellement charmantes, mais plus encore, c’est l’ambiance des promenades à la campagne, l’odeur d’herbe humide, et la fraîcheur de l’air qui nous fait nous sentir comme à la maison.

On s’arrête respirer une fleur, on observe de près la facture des toitures…

Et on entre un peu dans le quotidien des habitants. En ce moment, il faut faire sécher les haricots azuki.

Et tout le long du chemin, les yeux n’ont de cesse de faire des va-et-vient entre le sol et les toitures triangulaires qui pointent vers un ciel blanc qui nous fait comprendre que l’hiver approche déjà à grands pas, alors que le rougissement des feuilles a à peine commencé.

Ces toits sont un alibi parfait pour venir regarder le reste, plus commun, sans doute, moins japonais, peut-être.

La vie rurale, ici comme ailleurs, avec ses légumes cultivés pour une seule famille, ses outils agricoles anciens passés de génération en génération, a quelque chose de romantique quand on n’y vit pas.

Et ces toits, tous identiques, tous différents. Marqués des symboles des familles, moussus à différents degrés, chacun son visage, chacun son histoire.

Certains sont tout jaunes d’être jeunes…

D’autres sont cassés par la fatigue…

D’autres encore, arborent fièrement leur barbe verte, symbole de sagesse.

La promenade suit son cours ainsi. On monte doucement les ruelles, slalomant entre ces grandes barraques, maintenues en vie par de l’eau et des hommes.

On remarque d’ailleurs ces petites maisonnettes qui jalonnent le chemin. Des niches pour chiens? Que nenni!

Il s’agit de bornes incendies qu’on utilise par ailleurs une fois l’an pour arroser les paillasses chapelières du bourg.

Sans s’en rendre vraiment compte, nous voici déjà arrivés en haut du village, au temple Fumyoji (普明寺).

Pour tout dire, ce temple, bien que muni de longues explications sur son histoire au cours des incendies dont je n’ai pas saisi toute l’importance, n’a pas grand chose à proposer. Vieux et simple, il lui faudra plus que surplomber le village pour faire de l’ombre aux maisons du coin. Mais il a au moins une chose pour lui, il est le seul bâtiment dont le périmètre est garni d’arbres aux couleurs automnales!

Mais bon… Honnêtement, ce n’est pas lui manquer de respect que de dire qu’il y a plus beau en terme de battisse.

On peut toujours s’arranger pour faire des images sympa dans les reflets des vieilles vitres…

Et voler une photo de l’intérieur…

Mais on reviendra vite aux alentours, à quelques détails…

Mais surtout aux arbres, qu’un rayon de soleil fugace va justement arroser pour nous!

Le contraste entre le feu de l’automne et la fraîcheur des mousses de toits, les bois bleutés par le froid, est absolument fantastique.

Et nous reprenons maintenant le chemin de la vallée.

En redescendant, on s’appliquera à la même chose qu’en montant, regarder la vie des gens qui nous accueillent malgré eux.

Les palissades sont ouvertes aux insectes, et les garages sont ouverts aux regards.

L’humeur est bucolique, on s’arrête pour une fleur esseulée alors qu’on ne s’arrêterait pas pour un prospectus distribué à la sortie du métro.

Les ondes des bassins dans lesquels tombent des kakis trop nombreux pour être consommés, font vibrer notre corde écolo.

Et le tapis épais de feuilles qui couvre le sol de l’orée du bois en sortie de bourg nous donne l’impression de marcher sur une moquette de salon chaude et épaisse.

Mais nous n’avons pas tout à fait fini notre visite car parmi ces maisonnettes se cache un petit musée de l’indigo! Allons-y!

Cela tranche un peu avec ce que je croyais venir voir dans cette campagne perdue, mais cet endroit est absolument passionnant. Le couple qui le gère continue de teindre à l’indigo de façon traditionnelle. On peut visiter leur atelier…

L’odeur acre et prenante des différents bains qui jalonnent le processus est assez… comment dire… dégueu, voilà c’est dégueu!

Mais si tu bloques ta respiration suffisamment, tu pourras alors sans aucun doute y voir des choses fascinantes, avant de monter à l’étage.

Ici, au cœur même du toit de chaume, est installé un petit musée qui regroupe quelques pièces rares.

Des kimonos, des kakemonos, des tentures…

Et quelques explications (en anglais SVP) sur une ancienne technique encore pratiquée, mais rarement à un tel niveau, la teinture shibori. Tu connais peut-être le mot shibori pour la pratique artistique et sexuelle qui consiste à attacher selon des règles très précises des femmes consentantes, mais ici, on n’attache pas, on tache.

Le tissu est froissée et enroulé autour d’une corde, puis teint avant d’être défroissé, pour faire simple.

Cette technique très complexe produit ainsi des motifs uniques et extrêmement précis.

Passionnant! Tout comme la discussion que nous auront avec les deux sympathiques propriétaires, qui parcourent le monde pour exposer leurs travaux.

Avant de rentrer, nous avons un dernier endroit que nous voudrions visiter, de l’autre côté du patelin. Un petit sanctuaire dans la forêt. On s’y dirige.

Ah bein tiens! Une autre berceuse chantée par ma mère semble opportune! « Coccinelle Demoiselle, bête à Bon Dieu… Coccinelle Demoiselle, vole jusqu’aux Cieux!

Petits points blancs, elle attend. Petits points rouge, elle bouge…

Petits points noirs, Coccinelle au revoir! »

Laissant quelque peu les maisons dans le rétroviseur, nous montons quelques marches qui s’enfoncent dans un bois.

Un torii blanc nous accueille.

Maintenant que le jour tire à sa fin, la fraîcheur est encore plus palpable. Les komainu, imperturbables, font leur travail de veille.

Plus étonnant, quelqu’un semble avoir laissé un message dans les feuilles ratissées!

Ce n’est pas évident sur la photo, mais à en juger par la taille de l’organe végétal, cette personne doit brûler d’un amour gigantesque!

A moins que ce ne soit un message des dieux?

Quoi qu’il en soit, l’enceinte sacrée est charmante, bien que sobre et bien peu visitée. On y trouvera notamment un petit bassin pierré,

Une souche noueuse conservée précieusement…

Et un silence assourdissant.

Il est temps pour nous de regagner la vallée, faite de maisonnettes éparses et de rizières verdoyantes.

Nous longeons le cours d’eau au courant dynamique qui roule sur les pierres ancestrales, en direction de l’entrée du hameau, alors que le soleil donne les derniers signes de vie de la journée.

Et alors que les touristes du bout du monde ou de la préfecture s’en retournent dans leurs pénates, les habitants d’ici reprennent possession de leur village, le temps du souper.

Au revoir Miyama, merci pour l’accueil! Nous filons vers l’étape suivante de la Saga Parentale 2017… le Mont Fuji et la capitale… ça promet!

A bientôt!

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16 comments on “Dedans ma chaumière.

  1. Superbe article, qui m’a totalement évadée le temps de sa lecture! Ce village semble très beau et plein de poésie, j’aime ces toits, et les temples un peu passés ont un charme fou 🙂

    • Merci beaucoup de ta lecture ici et de ce chouette commentaire! C’est un endroit difficile d’accès, alors je suis heureux de pouvoir en donner un aperçu ici! 🙂

  2. Amélia Réthoré

    Superbe! Simplement superbe! Que dire de plus!

  3. J’adore!
    Une destination que j’ai prévu de faire l’été prochain. La lecture de ton article me conforte dans mon désir.
    Tu peux dévoiler l’endroit ou se situe la « pizzeria primaire »?

  4. Môman

    Je revis avec grand plaisir la visite de ce village et l’atmosphère du lieu telle que nous l’avons ressentie est bien retranscrite. Bravo!

  5. Je suis jalouse de tes photos xD Elles sont superbes !! Tu pourrais en faire un livre (ou plusieurs) en plus avec ta plume, ce serait très plaisant à feuilleter 🙂
    J’adore ces petites bourgades de campagne à l’ancienne ^_^ et l’arrivée des momijis ❤ trop beauuuuu !!

    Tu utilises quel objectif toi ?

    • Merci Kynette! On me le dit souvent… un jour peut(être… mais le format blog me plait plus, la verticalité tout ça…

      Mes objo sont un grand angle Sigma 12-24, un 18-55 et un 55-255 celui que j’utilise le plus peut-être…

  6. japankudasai

    Merci pour cet article, je ne connaissais pas du tout le village et il y a vraiment beaucoup à faire… avec moins de touristes. Est-ce qu’il y a 2 ou 3 restos ou un semblant de resto pour grignoter quelque chose au village ? Ça me paraît pas bien grand… Sinon tes flous d’arrière plan sont vachement sympa, j’aime beaucoup !

    • Merci pour le commentaire!
      Pas de restaurant dans le village mais à l’entrée du village il y a un batiment dans lequel on peut acheter des trucs à manger (manger sur place? Je ne sais pas)
      On a repéré aussi un petit salon de thé dans le village, mais je ne m’engagerais pas sur la régularité de l’ouverture.

      • japankudasai

        Hum, c’est bien ce que j’imaginais. Penser à faire le plein au conbini avant dans ce cas (oui je suis un ventre sur pattes ^^ !).

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