Au Japon

Peintures en bâtiment.

Salut toi! Merci pour l’attente, comme tu le sais si tu me suis sur Twitter ce début d’année 2018 a été chargé avec mon déménagement, mais cette fois j’ai réussi à sortir ma tête de mon c…arton et je suis fin prêt à raconter la fin du « fin du fin » de la Saga Parentale 2017. Aujourd’hui on s’éloigne d’Osaka à tire d’ailes et on se tire à Himeji, voir le château désormais plus blanc que blanc. Depuis sa rénovation, je n’avais pas encore eu le loisir de venir le contempler tout repeint. Selon les journaux, ça vaudrait le coup. Alors, dois-je croire ce qu’ils disent, ou bien j’m’en bats l’avoine? En tout cas j’ai hâte, je me sens léger, je plane, que dis-je? Je vole! même si je n’suis pas un héron.

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J’aime bien arriver à Himeji. Quand tu sors de la gare, une grande avenue guide ton regard direct vers le château, bien souvent considéré comme le seul intérêt de la ville. C’est évidemment faux, il y a au moins un autre endroit qui mérite une visite, et, si tout va bien, puisque j’y suis allé depuis, tu pourras le voir sur mes pages prochainement. En attendant, c’est l’allée pleine de vieux Ginkgo biloba rajaunis par le vent d’automne qui nous fait une haie d’honneur.

Haie d’honneur qui se transforme rapidement en haie d’horreur car les fruits tombés au sol de cet arbre majestueux ont une odeur qui ferait fondre une chemise.

On s’en veut de grimacer, comme si c’était la Reine Mère qui venait de larguer une caisse, mais franchement, on accelère le pas pour ne pas perdre trop de poils de nez.

On approche du château du héron blanc, majestueuse bâtisse qui jouit d’une célébrité sans pareille. Pas seulement parce qu’il est beau, mais aussi parce qu’il est ancien et en état d’origine (quand beaucoup de ses copains sont passés par la case « brûlez, ne touchez pas votre soin du bois, tirez une carte « je deviens un musée » et avancez de 4 siècles »), mais aussi parce qu’il est ciné-génique, de Kagemusha ou Ran de Kurosawa à James Bond, le colosse prouve qu’on ne vit pas que deux fois.

En parlant de films, je remarque tout de suite qu’aujourd’hui, le ciel a décidé d’être très dramatique. Des nuages noirs qui viennent du Nord, colorent la terre, les lacs, les rivières, c’est le décors du Connemaraaaaaa… Mais ici aussi, les nuages sont cools.

Le ciel bleu, des nuages sombres, d’autres clairs, les murs blanc d’albâtre… je sens que la journée va m’offrir de belles choses. Mais dans un registre plus terre-à-douves, les barques de touristes qui font le tour sont plutôt jolies aussi.

On entre dans l’enceinte du château.

Et avant de se jeter la pupille sur le castel du domaine, ne t’inquiète pas, ta cornée va en être rassasié, on jette un regard aux habitants animaliers qui se baladent au milieu des visiteurs.

Ce chat arrive tôt. (chat… tôt… t’as compris? haha chatôt, château! Non mais c’est poilant non?)

Non? Bon bein ça va, pas besoin de me voler dans les plumes non plus! Mes Anges Gardiens ne sont pas là pour me prendre sous leurs ailes en plus! Mes Anges… Mésange! Alleeeez c’est pas mal ça quand même non?

Non? Bon bein ça vaaa, te mets pas en boule pour si peu! Je sais bien que je suis pas une lumière mais bon…

Bref! J’en étais où? Ah oui tiens, le parc du château est jonché de sphères pas laides, pleines d’ampoules LED… Pourquoi? Tu verras ça ce soir. Pour l’instant retour au tableau romantique à la John Constable qui nous sert de ciel.

Les rayons solaires qui percent en l’espace d’une seconde à travers le tumulte cotonneux, viennent frapper le fronton du donjon et un clignement d’œil plus tard, le vent fort et glacial a changé toute la topographie céleste. Purement incroyable!

Les murs ressemblent à une toque de pâtissier flambant neuve et les blancs et gris des nuages se donnent la main pour battre les bleus en neige.
Des pâtisseries oniriques qu’on disposerait volontiers sur le buffet de la pâtisserie Gloppe de Jean Béraud.

Plus on approche et plus le château s’embellit. Les façades immaculées sont découpées par des pointillés noirs qui viennent appuyer les moindres courbes du géant, comme le trait lourd qui appuie sur le dos d’un garçon dessiné sur une étude de Seurat.

Tour à tour séductrice et menaçante, la maison forte allonge ses perspectives pour nous, et semble nous accueillir à bras ouverts, comme une mère encore fâchée de notre dernière sottise, mais dont l’œil radouci ne saurais mentir.

Et quand enfin on entre dans son ventre, c’est par ses yeux que l’on voit le monde, baigné d’une douce lumière, protégé du vent froid, et surplombant tout du haut de sa sagesse accumulée.

Le soleil n’est pas encore prêt à sa coucher mais comme tu le sais, ici au Japon, il ne traîne pas ses guêtres bien longtemps. Il est temps pour nous, avant l’extinction des feux,  de jeter un œil à cet intérieur de château, réputé vide…

Alors qu’en fait, il est…

AH! OUF! Si! Y a des gens! Bon c’est pas vide vide, y a un truc ou deux, comme cette belle maquette et les escaliers les plus dangereux du monde (on est tous en chaussettes donc gare à la glissade), et c’est impressionnant parce que tout en bois (comme seulement 11 autres châteaux dans le pays).

Mais bon, ça vaut pas les photos du dehors, évidemment! D’ailleurs on y retourne car on n’est pas là pour raboter le parquet de Monsieur Caillebotte. Et d’ailleurs, une surprise de taille nous attend dehors…

OH MON DIEU MAIS ILS ONT REPEINT LE CHÂTEAU!! Non, tu ne rêves pas, ne touches pas tes réglages, le blanc du château absorbe littéralement tous les rayons du soleil pour nous les recoller en plein visage en mode spectacle de Jean Michel Jarre! La bâtisse irradie d’un jaune chaud et vibrant.

Je suis estomaqué. Et pas seulement par la couleur. Au pied du géant, on constate qu’il n’a pas les pieds d’argile.

Et il faudra bien ces deux petits visiteurs pour mettre à l’échelle…

Et d’un coup, on se croit vraiment devant le Colosse de Goya.

Et c’est sur cette double identité que nous laissons le château de Himeji. Blanc ou jaune, froid ou chaud, loin ou proche, ancien ou rénové, le Héron ne nous déçoit jamais.

Mais nous n’en avons pas complètement terminé avec notre balade. Car juste à côté de la pierre se tient le végétal. Le jardin Koko-en est un truc à ne pas manquer. Surtout quand le soleil n’est plus dans le coin.

Et justement, puisqu’on vient de souhaiter la bonne nuit à ce dernier, on peut sortir et aller taper à la porte d’à côté…

Car puisque les touristes ont la fâcheuse tendance de ne venir que pour le château, la ville a décidé de mettre les petits plats dans les grands et d’offrir quelques illuminations du château et du jardin adjacent, histoire de favoriser les séjours à l’hôtel ou au moins les restaurateurs alentours. Allons voir.

A l’entrée on comprend de suite qu’on n’est pas les seuls à avoir eu l’idée incongrue de passer par là… Il va falloir jouer des coudes pour sortir les têtes des cadres.

Cela fait partie du jeu… Alors on fait profil bas et objectif haut et on avance.

La foule ne parvient pas à faire oublier la beauté des feuilles éclairées. Elles scintillent comme des milliers de petites touches de peintures dans une composition de Pollock. On y cherche des mouvements, des profondeurs, on relie une feuille à un tronc, pour se rendre compte qu’il ne sont en rien du même arbre.

Le tout sur fond de musique à base de clapotis. Les gouttes qui frappent gentiment les pierres en dessous de tout ce monde éclatant parviennent elles aussi à se frayer un chemin jusqu’à nous entre les déclencheurs d’appareils photo.

Certains points de vue sont juste aberrants de beauté. Les arbres perdent toute réalité, les couleurs explosent, comme dans une toile fauviste d’André Derain qui se moquerait bien de la vraie couleur des choses

Cette fois le froid nous mord de toute part. Les doigts les joues, le nez, et la tête (et la tête) Alouette (Alouette) AAAA aaaa aaa a… tchoum!!

On tente de se réchauffer aux feux des feuilles mais les bougresse ne sont qu’une illusion de chaleur.

Alors on s’installe près des feux électriques et sous le feu des projecteurs on s’abrite du vent sous ces protectrices en feu.

On pense d’ailleurs très fort au Feu du Soir de Cadam, pour se tenir chaud, mais rien n’y fera. Alors une dernière série de portrait de feuilles en foule et on y va.

Et quand toutes mes forces ont quitté mon être. Quand j’ai perdu la foi en ma capacité à marcher jusqu’à la gare… c’est là qu’il m’est apparu…

*voix angéliques* AAAAAAAAAAAH! Le Buisson Ardent, plus ardent que Fanny, plus buissonneux que dans la toile d’Arnold Friedberg! Miracle! Je marche! Je cours même!

Ma foi retrouvée, je me suis dit ma foi, puisqu’on n’est là qu’une fois, allons encore une fois braver le froid pour voir cette fois le château illuminé. Mais le petit spectacle son et lumières, ne me convaincra pas de rester plus que nécessaire, et c’est sur cette belle vue nocturne, une dernière facette de ce château star, que se clôturera notre balade.

 Nous reviendrons probablement à Himeji dans un très prochain article, comme je l’ai dit, mais pour l’instant, je m’en retourne à mon appartement qui demande encore un peu d’organisation… Ma chambre particulièrement ressemble actuellement un peu trop à celle de Van Gogh, il est temps de remettre tout ça d’aplomb.

A bientôt!

Et si tu as eu la flemme de cliquer sur mes références muséales, les voici rassemblées rien que pour toi :

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22 comments on “Peintures en bâtiment.

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai. N’hésitez pas à visiter mon univers. au plaisir

  2. Guigui

    Excellent, comme toujours (ça faisait longtemps que j’avais pas mis un commentaire ici ><) !

    Je n'ai encore jamais visité ce château, seulement aperçu de loin depuis la gare de Himeji. Il y a 2 ans, je rentrais de Kyushu et sur un coup de tête (et la magie du JR Pass) je me suis arrêté à Himeji… J'ai passé les portiques, j'ai vu l'avenue avec le château au loin… Et puis une immense flemme m'a frappé tout d'un coup !
    Je suis retourné sur le quai et je me suis endormi 1h30 avant de prendre un train pour Osaka.

    Honte à moi ! haha

    • Mon poto, merci t’as été le 1er à liker et RT, j’ai publié à une heure toute foireuse donc ça m’arrange bien haha vieux brigand!

      Content que t’aies aimé! C’est une destination tellement souvent traitée, j’ai essayé de faire autrement, et injecter des peintures m’a bien amusé 😉 ça m’étonne pas de toi que t’aies eu la flemmasse, toi il te faut de l’inconnu, du vierge (non, pas « de la ») sinon ça ne te donne pas l’énergie! Si un jour t’accompagne ta famille, c’est le bon truc, mais bon… y a tant d’autres territoires à découvrir 🙂
      Bises salfou à plus tard!

  3. Rahhh….entre le récit toujours imagé plein de « jeux de mots » que ne renierait pas Stéphane de Groot, la composition recherchée des prises de vues, les références picturales riches et éclectiques, l’architecte en moi y a retrouvé une passion de jeunesse pour l’architecture japonaise!
    Merci à toi pour ce moment de plus plaisir des yeux tant pour la lecture que pour les images.

    • Merci beaucoup Jean Marc!

      La référence à De Groot me touche particulièrement je ne dirais pas qu’il m’inspire, mais il m’a clairement permis d’assumer mes jeux de mots jusque-boutistes, et encore je me retiens vraiment! Trop de Groot serait Grootesque… mais lui et quelques autres font vraiment partie des gens dont je me sens proche dans ma façon de voir et de parler des choses.

      Merci encore pour tes lectures et partages ici!

  4. Tu as eu plus de chance que moi pour la météo de ta visite, la lumière est magnifique avec ces nuages. J’ai bien apprécié aussi la visite du jardin mais là encore, la lumière d’un après-midi grisailleux ne rend pas pareil que des éclairages de nuit. La visite de l’intérieur du château, j’ai presque plus aimé que l’extérieur même si ça devient un peu répétitif : tout ce vieux bois usé et la visite en chaussettes, c’est spécial 🙂

    • ah là c’est sûr qu’on a été gâtés! La première fois que j’avais visité, c’était pluvieux aussi et clairement j’avais été moins impressionné, surtout par les jardins. Le château encore, c’était cool aussi (c’était avant la rénovation).

  5. Je trouve que tu t’es surpassé avec cet article … Farandole de jeux de mots 😀 et j’ai trop rigolé à l’allusion Monopoly hahaha ça ne rend la lecture que plaisante 😉

    Sinon, plus sérieusement (bah je l’étais déjà en fait) Himeji est prévu dans notre programme 😀 trop bien !!
    Moi pour l’intérieur bois (attention ça glisse comme papa dans maman xD) c’était Matsumoto !! j’ai beaucoup aimé et il a des étages pas totalement vide avec des reliques d’antan ^_^

    Hiiiiiiiiiii bientôooooooot !!!!!!

    • Merci Kyn! Pour tout dire je pensais vraiment avant l’écriture, que cet article serait un peu nul, n’ayant presque que des photos du château. Mais j’ai remarqué qu’une fois lancé sur le clavier dans ces cas là, je me lâche plus en blagounettes et poésies de comptoir pour compenser… et finalement le résultat est pas si mal haha

      Je ne suis encore jamais allé à Matsumoto mais je ne désespère pas!
      Oh et chez moi on dit que ça glisse comme pépé dans mémé un jour de paye haha très classe :p

  6. Merci beaucoup pour cet article et les magnifiques photos ! Il y a 2 ans, j’ai préféré reporter ma visite du château car il tombait des cordes. J’ai bientôt l’occasion d’y retourner en choisissant bien le jour et la météo !! Merci encore. 😊

    • ça reste beau, même sous la pluie je trouve, mais bon, on va pas se mentir, un beau ciel bleu contraste tellement mieux avec ces murs blancs…
      J’espère que tu auras de bonnes conditions cette fois! 🙂

  7. Nuitori

    On en prend à nouveau plein les yeux avec ton article. Les photos du château avec ce ciel tourmenté sont vraiment merveilleuses. Depuis sa restauration, le château est vraiment très beau. Je l’ai connu un peu plus grisâtre.
    Si jamais tu ne l’as jamais vu à l’époque de la floraison des cerisiers, n’hésites pas à y faire un tour car c’est magnifique. Le contraste entre le rose des cerisiers, le vert des pins et le blanc du château est superbe.
    Merci beaucoup pour cet article plein d’humour et de chouettes références artistiques 😉

    • Je l’ai connu aussi plus grisatre donc j’étais vraiment étonné de cet éclat façon sourire de magazine!
      Pour les cerisiers pourquoi pas, mais il y a tellement de lieux à voir… Je ne m’en sortirai jamais haha
      Merci pour tes commentaires et partages sur les réseaux!! 😉

  8. Salut le coq !
    Merci pour tes photos et ton humour qui exhale la joie de vivre des moments uniques… Même si ils sont parfois renouvelés.
    Il s’était écoulé un bon quart de siècle entre les deux visites du « héron blanc » et les années avaient magnifié le souvenir.
    L’été dernier je l’ai trouvé trop « neuf » et toujours aussi vide.
    Heureusement que j’avais pris du temps pour aller faire un tour en montagne pour compléter la journée…
    Encore merci pour ces belles photos que je ne ferai jamais et pour cette lecture aussi instructive que pleine d’humour.

    • Salut François! Oui « trop blanc  » a beaucoup été employé par les Japonais aussi… Mais franchement moi ça ne m’a pas dérangé.
      Je suis tellement heureux d’avoir eu des conditions météo aussi bonnes (sauf le froid)! Par contre comme toi, je n’irai plus là bas que si vraiment il le faut…
      A très bientôt!

  9. Un grand merci pour cet article, ces photos magnifiques et l’évocation de ces œuvres dont j’ignorais l’existence pour certaines. J’apprécie beaucoup votre humour. Mention spéciale pour l’expression qu’a eu votre chat lorsqu’il tentait de grimper sur le lit. J’ai également beaucoup rit. Excellent !

    • Hahaha le GIF utilisé n’était pas mon chat, juste une illustration, mais c’était quand même bien fendard 🙂 Merci d’être venue jusqu’ici!

  10. Merci ! si si Merci du fond du coeur pour cette belle prose sur le château d’Himeji. Un des plus beaux châteaux japonais. Je ne sais pas si tu l’as vu mais le pont que tu empruntes pour entrer dans le château est le pont Sakura. Un clin d’oeil pour nous deux.

    • haha oui tu as raison! un beau clin d’œil pour nous! Merci Julien! Content que tu aimes la prose, toi le connoisseur ès châteaux!

  11. Nous qui étions de la sortie, avons retrouvé avec grand plaisir toutes les couleurs et les sensations de ce magnifique tableau!

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